30 septembre 2005
Rétrospective, suite et fin j'espère..
Le 7,on était donc sur la route du retour, le long de la côte sud de la gaspésie et au moment où on rejoint presque le Nouveau Brunswick, on s'est trouvé dans un bouchon. Les gens étaient descendus de voiture et prenaient le soleil au bord de la route. On pensait que c'était peut-être un accident. J'ai fini par demander à un Monsieur s'il savait ce qui se passait. "C'est un barrage routier des camionneurs qui protestent contre l'augmentation du prix de l'essence". Je me suis dit :ils sont vraiment comme nous! On pourrait aussi bien être en France1 Là, ce sont d'immenses camions qui transportent des troncs d'arbres, mais la même force énorme :qu'un seul de ces colosses se mette en travers de la route et il n'y a plus de circulation possible. L'atmosphère était plutôt bon enfant, le Monsieur dit : ce matin j'ai attendu deux heures dans l'autre sens. de temps en temps ils laissent passer une dizaine de voitures. C'est très malin de s'être posté là parce qu'il n'y a aucune échappée possible: d'un côté c'est la mer et de l'autre des petites routes qui finissent en piste dans les montagnes et ne mènent nulle part. Comme il fait toujours très beau et très chaud, on fait comme les autres, on s'assied au bord de la route et on attend le bon vouloir des camionneurs.
Le prix de l'essence après Katrina est subitement passé de 1 dollar à 1,35 dollar en une semaine. Quand on était aux E.U, on trouvait incroyable que le gallon d'essence soit moins cher que le gallon d'eau minérale. Vont-ils finir par modifier leur comportement de gaspilleurs? Ça me paraît difficile car toute la vie ici est basée sur l'énergie bon marché. finalement, on nous a laissé passer. Il y a eu un deuxième barrage un peu plus loin, mais on n'a pas eu à attendre et ensuite on a viré sur la droite (north) pour remonter sur la côte nord de la Gaspésie en longeant la rivière Matapédia, qui est moins romantique que sa soeur Cascapédia, mais qui est aussi une rivière à saumons.
Halte à Mont-Joli, dormi à "Mon joli hôtel (my beautiful launderette!) et on a téléphoné à N. pour dire qu'on arrivait le lendemain.
A Saint Jean Port Joli, on a pris un café sur le port, puis on a retrouvé N. dont nous avions fait la connaissance en Allemagne. C'était bien de rencontrer quelqu'un de connu. Nous avons déposé nos bagages chez elle et bavardé. Comme elle était invitée ailleurs le soir, nous sommes ensuite allés voir M. qui habite la maison à côté et que J. connaissait aussi. Un joli bébé souriant dans les bras de sa mère et deux chiens fous nous attendaient à l'entrée. On a parlé, bu de la bière et mangé des chips tandis qu'il commençait à pleuvoir dehors. M. nous a demandé si nous voulions rester à dîner, ce que nous avons accepté bien sûr. Il y avait une atmosphère très douce, très calme dans cette vieille maison de bois très joliment décorée. M. est artiste aussi, il a séjourné en Allemagne au Japon etc...
J'ai pris le bébé dans mes bras. Ça faisait longtemps que je n'avais pas tenu un bébé.
Plus tard, le chien a été attaqué par une mouffette dans le jardin. Il paraît que quand elle vise bien, ça pue pendant trois semaines. heureusement, elle avait raté le chien...
Le lendemain matin après un long petit déjeuner avec N. nous avons repris la voiture une dernière fois pour la rapporter à montréal. Nous sommes restés fidèles à notre Auberge du Mont Royal, mais cette fois nous n'avons pas eu la chambre à la crème au beurre Nous sommes allés jusqu'à l'aéroport, mais la dame de l'agence nous a dit alors qu'on pouvait aussi la rendre en ville. S'ils nous l'avaient dit avant ça nous aurait facilité la vie. Retour en ville donc, et une fois débarrassés de la voiture, nous nous sommes baladés à pied sur Sainte Catherine, il faisait beau, plein de monde dans les rues, de la musique partout. Montréal est une ville multiuculturelle très vivante. On a mangé dans le quartier chinois. (En amérique, on mange toujours mieux chez les chinois)
Le lendemain, l"autobus ne partait qu'à 13 heures, on a donc eu le temps de se balader dans le vieux Montréal sous un soleil radieux, ce qui le rendait nettement plus beau que la dernière fois.
On est arrivés à 18 heures à SJPJ. N. nous a préparé des pavés de saumon somptueux. On est allés chercher une glace chez le "dépanneur" (qu'est-ce que c'est un dépanneur?) que nous avons mangée sur les rives obscures du fleuve où on a vu une aurore boréale, lueurs énigmatiques et dansantes dans le ciel du nord.
Dimanche visite de la Seigneurie des aulnaies, moulin et manoir, comme je l'ai déjà raconté et voilà, le lundi 12, j'ai commencé à écrire dans le jardin du Centre Est-Nord-Est sous un soleil radieux et voilà que la boucle est bouclée!
Le 30 septembre
Notes à propos de Philippe Aubert de Gaspé
J'ai été toutde suite intriguée par le titre de son 7ième chapitre "le lac trois Saumons" à cause du parallèle qu'il pourrait y avoir entre sa visite (20 août 1801) et la nôtre. Parti de bon matin avec ses copains et un paysan qui les guide car le chemin est très confus. Le 3ième et le 4ème rang sont à peine déffrichés, la forêt est omniprésente. (L'appelation 1er rang, 2ième rang, etc.. vient du temps de la colonisation les premiers arivés ont eu les terres du premier rang, c.à.d le plus près de la rive, puis au 2ième, 3ième etc... C'est aussi pour cela que les champs sont de longues bandes étroites qui s'étirent du nord au sud pour caser un maximum de colons sur un rang, je suppose.) Le temps est beau, la forêt est belle. Mais les gamins sont bientôt épuisés par la marche, tandis que le paysan qualifie de "buttons", petites collines sans importance les ondulations successives dont j'ai parlé. Ils suent sang et eau, demandent à se reposer après chaque montée. Tout comme moi! Est-ce qu'on arrivera jamais? Mais bien sûr à l'arrivée la différence estr grande : silence total, aucun être humain, juste deux cygnes, jeux avec l'écho. ils sont seuls au bord du lac et je leur envie leur époque où tout n'était pas privé comme aujourd'hui: Tondeuses, bateaux à moteur et vieux couples avec caniches.
Hier, après les intempéries de lundi, j'avais carrément l'impression d'être au milieu d'un ouragan . le courant saute, la maison tremble, les arbres sont pliés en deux, le vent mugit et plaque la pluie sur les carreaux. 240000 foyers sans électricité au Québec. Est-ce encore un bout de la queue de Rita? N. a ramené J. en voiture à la maison pour ne pas qu'il s'envole sur son vélo et vers 7h 30, le courant a sauté de nouveau. L'après midi j'avais eu la bonne idée de demander une bougie à la propriétaire. pas d'électricité voulait dire : pas de lumière, pas de chauffage et pas d'eau ! et nous voici retournés au temps des pionniers.. le vent a rugi toute la nuit par moments,on avait l,impression que les vitres allaient voler en éclats tellement la pression était forte. le courant est revenu à 2h30 du matin. Hydroquébec travaille aussi la nuit!
J'écris surtout quand il pleut, évidemment, lundi, jeudi, entre temps, deux jours magnifiques. Mardi midi, je m'apprêtais à partir au centre quand J. est arrivé avec D. dans la voiture de celui-ci qui a dit : il fait beau, je vous emmène faire une ballade et chercher des champignons. On est passé par de petits villages des 2,3,4ième rangs où certains chemins ne sont plus que des pistes et il nous a d'abord amenés voir les chutes de la rivière Bras Saint Jacques. Comme la veille il avait plu 12 ou 15 heures sans interruption, lui-même n'avait jamais vu sa rivière dans cet état. Un bruit sourd nous guidait déjà de loin, le sentier escarpé de pierres moussues était encore trempé et des gouttes ruisselaient de partout. Il y a deux chutes de suite avec au mileu un petit bassin où normalement on peut se baigner. Mais D. disait qu'à présent, le niveau du bassin avait remonté de 3 ou 4 mètres, l'eau y tournoyait avec une force insensée, mais le pire, c'était la couleur de l'eau et la mousse. sur toute la surface, il y en avait de 50 à 70 cm qui s'accrochait sur les bords. On aurait dit le tambour devenu fou d'un gigantesque machine à laver si ce n'est que l'eau était marron, brunâtre comme dans nos WC et à notre robinet. D. dit :"ce sont des minéraux", mais moi, je suis très très sceptique. Dans le journal,ils parlent d'une interdiction éventuelle des lisiers ce qui veut bien dire qu'uil y a problème et de l'eau brune à ce point jusque dans mon robinet ainsi que dans ces belles rivières, je n'ai jamais vu ça. On dirait du jus de fumier, ça laisse des auréoles brunes sur le blanc de la cuvette, de la douche, du lavabo...je n'ose même plus laver les légumes avec cette flotte.
Mais quel tiers-monde ici, par moments!
Cela dit, la chute était magnifique, romantique à souhait. en bas il y avait un endroit où l'eau rejaillissait en brouillard perlé et venait humecter les roches et les arbres et les gouttes brillaient dans le soleil. On a trouvé quelques bolets , mais ils étaient tout trempés comme des éponges. On a continué sur une route suivant les hauteurs des appalaches, c'était le 6ième ou 7ième rang. D'un endroit, on voyait le SaintLaurent et jusqu'aux buildings de québec city et à l'opposé, les montagne du Maine aux USA. D. nous a montré dans la direction du Maine le clocher de Sainte Appoline, le village où il est né.
Ensuite peut-être pour tenter d'effacer la mauvaise impression que nous en avions eu, il nous a emmenés vers le Lac Trois Saumons qui fait environ 7 kms de long. Mais il y avait toujours toutes ces propriétés privées tout autour sauf au "Parc communal des trois saumons" qui occupe une trentaine de mètres sur la rive, est aménagé comme un parking d'autoroute, mais offre une jolie vue sur l'ile (privée aussi) du milieu.
Enfin on s'est arrêtés à un belvedère en haut des Appalaches qui découvre un panorama sur les érablières commençant à rougir, la plaines, les villages de la cote sud, le fleuve, ses iles, la côte nord, les Laurentides. D. a des jumelles avec lesquelles j'ai très bien pu tout observer, moi la myope qui ne voit jamais rien de loin! Après midi superbe dans des endroits que nous n'aurions jamais pu parcourir avec nos vélos.
Mercredi matin, c'était la présentation de G. et S.
G. travaille le bois, des batons qu'il bitume ou blanchit, fait des tournesols de plomb, des allées de bouchons multicolores, de grosses boules blanches qui ressemble à des dumplings qui circulent entre les arcades de l'université, il joue aux quilles dans les vieilles églises, accroche des voiles sur les arbres d'une forêt d'Alsace. Importance du lieu choisi, impact de l'espace sur la sculpture ou l'objet. J'aime bien.
J'aime aussi les antennes paraboliques en aluminium de S. qu'elle a installé sur les mur d'une vieille église sans toit dans l'espoir peut-être d'une communication avec l'au-delà. Elle fabrique des objets le plus souvent arrondis, lisses et brillants, parfois pointus, qu'elle installe dans une oliveraie, une usine désaffectée, une place d'église. des cactus en forme de siège aussi.
L'après midi je suis allée sur la grève avec J. qui voulait dessiner, j'ai marché longtemps sur les roches rouges grises, blanches.
Quand on observait le fleuve du belvédère. D. nous a montré une ile près de laquelle jouent toujours les phoques et où viennent aussi les bélugas à marée haute. Ça me fait plaisir, même si je ne les vois pas, je sais qu'ils sont jusrte en face de ma fenêtre et , comme le petit Prince avec son mouton dans la caisse, c'est comme si j'avais des baleines à moi.
28 septembre 2005
Suite du message précédent
Redescendre le toboggan sans freins, c'est carrément kamikaze. Mais J. est un peu kamikaze, il fait les premiers mètres des descentes à pied, il roule ensuite sur les bas côtés et freine avec sa chaussure qui sent bientôt le pneu cramé, ou bien il se lance, ayant confiance en sa bonne étoile. L. nous a raconté plus tard que ces routes sont impraticables même pour les voitures dès qu'il gèle et N. nous avait dit qu'il y avait environ 120 jours sans gel par an... (D'ailleurs, ça me semble bizarre)
On est quand même redescendus beaucoup plus vite qu'on était montés et on a bu un café chez "Bonté Divine", endroit très mignon, pour nous remettre.
Ce fut une belle journée.
Alors, dimanche, évidemment on n'a pas fait grand chose, sauf 10 kms à vélo pour faire les courses parce que lorsqu'on est rentrés samedi de notre expédition, la Coop était fermée.
L'après-midi on est allés de l'autre côté de la rivière Port-joli (C'est devant notre balcon qu'elle se jette dans le Saint-Laurent) et de ce côté, un artiste a construit une sorte de petit cube qu'on voit de notre fenêtre, moitié en verre, moitié en bois, qui est une toute petite maison, un peu comme une roulotte ou une caravane et qui tourne sur sa base quand on actionne la manivelle se trouvant au milieu du plancher. On peut ainsi s'orienter comme on veut par rapport au fleuve. Quand c'est marée haute, elle est juste au dessus de l'eau. Comme dans la maison des trois ours, mais avec de la place pour deux ours maximum, il y a un petit lit, un petit poèle, deux petits verres, deux petites assiettes, deux petits couverts etc.... L'artiste était là en train de réparer le mécanisme un peu grippé qui normalement fait tourner le cube. Il nous a fait visiter. Je la prête aux gens qui voyagent sur le pouce, a-t-il dit, ou bien aux artistes en résidence du centre est-nord-est. C'est ravissant, mais je préfère quand même mon loft, surtout par ce temps de flotte ininterrompue. Il dit aussi : lHiver, c'est long ici! janvier, février , mars, on s'embête, on ne sait pas quoi faire,mais moi, je ne reste pas ici, je m'en vais à Montréal!
Rétrospective VI, les 6 et 7 septembre
A l'Anse à Beaufils, il y avait un panneau indiquant plusieurs sentiers pédestres gratuits alors on est allés marcher. D'abord à travers la forêt et J. a encore trouvé des tas de bolets sous les bouleaux. On a longé les ruisseaux, franchi de petits ponts, emprunté des nacelles suspendues au dessus des rivières et pris la route du troisième rang. Il faisait très chaud, très beau. J'ai vu des traces près des flaques, énormes pattes comme des fleurs de boue et je me suis dit que c'était sûrement un ours! Mais comme on a retrouvé les mêmes traces tout au long du parcours, j'ai fini par admettre qu'il était rare que les ours fassent des randonnées en suivant les sentiers pédestres et qu'il s'agissait sans doute d'un gros, gros toutou. Mais des traces de biches ou de cerfs il y en avait partout, des vraies!
Après, nous nous sommes promenés sur la plages où on trouve des agates et des jaspes. Ce sont des cailloux semi-précieux, rayés, striés de plusieurs couleurs avec de jolies teintes vertes, orangées ou brunes. On en a trouvé plusieurs en longeant cette côte rouge qui se fait bouffer peu à peu par la mer. Certains bâtiments, trop près de la côte sont déjà abandonnés, parce qu'on ne peut plus rien pour eux.
Beau jour calme, je suis allée voir un pharmacien pour avoir des médicaments pour mes oreilles et mes sinus et le lendemain, on a repris la route en sens contraire.
L"avant-dernier week-end, N. nous a apporté une radio. En écoutant la radio, je trouve qu'on a une vue assez profonde de l'état d'esprit d'un pays. Sur Radio -Canada on a écouté Jacques Laguirand qui anime une émission qui s'appelle Quatre Chemins depuis 35 ans. La semaine dernière un des sujets était les micro-crédits aux gens pauvres, cette semaine :où est passé votre pouvoir d'achat? Très critique, engagé. Le dimanche il y a aussi une émission consacrée à la chanson, très éclectique: Diane Dufrène qui chante Kurt Weil, Catherine Sauvage qui chante Léo Ferré, une chanson des Balkans, Smoke gets in your eyes... Plus j'écoute la radio québecoise, plus je me dis que la vraie chanson française, elle est ici! Et je ne parle pas des grandes braillardes qu'ils nous envoient en France! mais de très bons textes par de très bons chanteurs avec beaucoup d'humour, d'imagination, de charisme...
J" dit qu'il a l'impression que le Québec est comme un pont entre l'Europe et l'Amérique, que c'est le seul endroit qui fasse lien entre les deux cultures, un endroit où on sait que les autres pays existent (ce que les E.U. ignorent royalement). Il dit aussi que le petit Québec, résistant vaillamment, parlant français et continuant à discuter de sa possible indépendance lui rappelle le village d'Astérix entouré par les tout puissants Romains.
Cet avant-dernier dimanche sur la grève du Saint-Laurent, à l'endroit où la rivière Port-Joli s'y jette, J. avait installé une sculpture de bois et de pierres, un genre d'échelle qu'il a trouvée sur la rive et qu'il a mise debout, calée avec de grosses pierres et qu'on a décorée de petis cailloux. Après, on est retourné de l'autre côté du fleuve et on a observé comment la mer montait à grande vitesse, c'était les grandes marées. On était tout fiers que l'échelle de mer résiste aux assauts de l'eau, mais à un moment elle a disparu, la mer a eu raison de l'échelle, comme il fallait s'Y attendre.
Il y a eu quelques vols d'outardes (grises) et d'oies sauvages blanches avec le bout des ailes noir. L. dit que le ciel et la grève deviendront tout blancs d'oies d'ici quelques semaines.
Mais après viendront les chasseurs.
Il n'y a pas d'Eden!
Le lundi 26 septembre: revoilà une journée de pluie absolue, plus de ciel, plus de montagnes, plus de rives, plus de mer, juste du gris dégoulinant, au delà de mon balcon, je ne vois guère que les arbres du jardin fouettés sans répit par de puissantes rafales de vent et d'eau. A la radio, ils disent que Québec-ville est inondée et qu'il n'a pas plu comme ça depuis cent ans.
Vendredi dernier, je suis allée à la bibliothèque. Je cherchais en particulier les Mémoires de Philippe Aubert de Gaspé et j'ai bien embarrassé la pauvre dame de la réception avec mes demandes spécifiques et saugrenues. Pourtant, c'est un enfant du pays! Il faut dire que les dames qui s'occupent de la bibliothèque sont toutes des bénévoles et celle-ci paraissait avoir beaucoup de mal à dompter son ordinateur. "Philippe, c'est avec deux L?" demande-t-elle. "Moi, j'essaierais plutôt avec deux P" dis-je prudemment. Elle finit par le trouver et il n'est pas emprunté, il devrait être là.. Elle part à sa recherche. Les cotes des livres me paraissent bien obscures, genre BX-203 AZ 198364, elle cherche, cherche, mais ne trouve pas. Bon, ça ne fait rien, je reviendrai la semaine prochaine, il aura peut-être réapparu d'ici là. Au rayon littérature locale, je continue à fouiller et je trouve des biographies, des récits de vie, des récits historiques. La dame revient vers moi avec un petit papier. Elle a continué à chercher pour moi sur son ordinateur et elle a trouvé plusieurs titres sur Philippe Aubert - je suis toujours sidérée par la gentillesse et la volonté d'aider des gens d'ici - Puis tout à coup, victoire, je crie Madame, Madame, ça y est, je l'ai retrouvé! Elle et sa collègue sont toutes contentes qu'il soit revenu et que j'aie ce que je désirais.
Samedi, temps magnifique. Les contrastes entre les journées sont incroyables ici. Un azur limpide, un soleil d'or, un petit vent qui indique quand même que c'est fin septembre et que l'air fraichit peu à peu. Nous voulons faire une balade à vélo vers le sud c.à.d. vers les Appalaches, direction Lac Trois Saumons qui d'après la carte se trouve à 17 kms de chez nous. On se doute bien que ça ne va pas être facile, avec nos vélos antiques, mais il fait beau, on ira jusqu"où on pourra, on verra du pays et puis voilà!
Ma chaîne saute au bout de 500 mètres environ. J. la remet en place et , gentleman qu'il est, propose qu'on échange nos vélos. En quittant Port-Joli, on croise l'autoroute 20 est-ouest et on continue allègrement. Sur la route, un très joli petit village Saint Aubert avec une énorme église, comme d'habitude, et une vieille maison toute recouverte de petites plaques de tôle argenté et martelées de dessins géométriques avec laquelle J. tombe en amour. Le chemin s'élève sans cesse, mais c'est supportable. On passe au long des champs qu'ils sont encore en train de moissonner (dépéchez-vous, il va bientôt geler!), on croise le deuxième, le troisième rang, on arrive vers la forêt et un panneau sur la droite indique la route qui va vers le lac.
C'est là que les difficultés commencent.
Chez nous, dans "nos " montagnes, quand on grimpe, on fait des lacets, des boucles, on ondule, on négocie les virages. Ici, on va droit dans le mur, c'est à dire droit dans la montagne. Les Appalaches sont faites d'une suite d'ondulations de plus en plus hautes que l'on attaque donc de front. Ça fait comme une sorte de toboggan avec quelques répits de toutes petites descentes et des montées qui me coupent littéralement le souffle, même à pied.
Mais il fait un temps magnifique, on fait une pause au soleil après chaque victoire sur une ondulation en mangeant des oranges et le panorama sur ler fleuve au loin devient de plus en plus imposant. On se demande si on arrivera un jour, les trois derniers kilomètres sont les plus longs. Tout mouillés de sueur et traînant la patte, on arrive au lac.
Déception: le lac est privé, comme les rives du Saint-Laurent. Chacun a construit juste au bord, pas moyen de s'en approcher. De plus il est caché par les arbres on en aperçoit juste au loin des petits morceaux qui scintillent au soleil.
Ouin! Je veux mon Titisee da la Forêt-Noire!
Sur les indications d'un jeune homme qui passe, on se dirige vers un tout petit pont, là où la rivière quitte le lac, sur le côté on peut descendre sur un éboulis de pierres et s'asseoir sur le petit barrage au bord del'eau qui fait environ 2,50 mètres de long. De là on voit un bout du lac. On y mange nos sandwiches et J. fait un dessin du lac privé, puis on se prépare à repartir. J. teste les freins de sa Rossinante et clac! le frein pète.
23 septembre 2005
Y-a-t-il un lecteur de ce blog?
Le 22 septembre, c'est l'équinoxe d'or, mais sans or, parce qu'il pleut des cordes et tout est gris, le ciel, la mer, l'horizon. La pluie forte est ma pire ennemie parce que je n'ai vraiment pas envie de faire des kilomètres en vélo sous la flotte. Par contre, hier était un jour magnifique avec un coucher de soleil splendide et de plus, riche en événements et en rencontres. Tout l'intérêt d'un pays ne serait rien sans les gens nouveaux qu'on y rencontre.
Après l'orage de mardi, la tempête de la nuit, le vent soufflait toujours très fort, amenant un beau ciel bleu, découvrant totalement la rive nord du Saint Laurent que je n'avais jamais vue aussi nettement, on apercevait presque chaque maison, chaque arbre de l'autre côté.
Ce matin, c'était la présentation de J. et de M., présentation de leur travail, de leurs oeuvres. C'est J. qui a commencé et il s'est fort bien débrouillé en français malgré toutes ses dénégations, je ne parle pas, je ne sais pas parler etc... il a montré les dessins qu'il a faits depuis qu'il est ici, les gravures d'Amérique de la série Walk-don't Walk et des photos sur DVD de ses sculptures en bois, parfois peintes en orange fluo, argent ou or. Quelqu'un a dit que l'argent et l'or faisaient penser au religieux. Je ne crois pas que ce soit l'intention première de J. mais il est certain que l'on peut avoir cette association. Après tout, religieux ne veut pas dire forcément catholique. Re-ligere, re-lier, re-nouer les choses défaites, privées de sens pour leur en redonner c'est sans doute ce que nous essayons tous, avec divers moyens, de réaliser.
Contraste avec le travail de M. qui a repris ses dessins d'enfant pour les refaire en sculpture afin de leur donner une tridimensionalité. Les dessins sont frais, charmants, joyeux. Elle les reprend parfois aussi en broderie et a construit toute une série d'images en rose autour d'elle (autoportraits) et des flamants roses. Fausseté de "la vie en rose", dit-elle. Je pense à une jolie oeuvre contestataire-féministe de E. "rose pour les filles" où elle avait aligné toute une série d'objets utilitaires spécifiquement féminins et tous, comme par hasard, roses.
Travail sur l'enfance. je vois toujours des parralèles avec l'autobiographe, je-me-souviens, recherche du temps perdu, nous ne sommes maintenant pleinement nous-mêmes que si nous n'avons pas perdu, égaré, dédaigné ce que nous avons été autrefois. Recherche ardue. Ça prend du temps. Mais c'est important.
Après le repas, je suis allée vers le fleuve, car je voulais voir les petites maisons jaunes de G. Il a construit 5 petites maisons jaunes en bois gonflées de polystyrène, qu'il accroché par des filins d'acier à des dalles de béton, elles-mêmes fixées avec des crochets et du béton dans les roches de la grève. Ça parait solide, tout ça. Et bien, la mer folle de la nuit dernière avait réussi à en arracher trois. Alors il a refixé, réattaché de manière différente et on a attendu que la marée remonte un peu pour voir si ça tenait le coup. Le vent, (donc les vagues aussi) étaient encore très forts cet après-midi et une maison s'est encore détachée, tandis que les autres ont suivi la marée et se sont mises peu à peu debout, parfois ballotées et renversées par l'arrivée des vagues.
Le jeu de l'Homme et de la mer. Sachant bien qu'au fond , on ne peut pas gagner, mais c'est bien de jouer quand même.
D'autres qui jouent aussi: un sculpteur d'ici qui a entièrement vidé une Buick de son contenu pour n'en garder que la carosserie et l'a transformée en voiture à pédales, avec 4 sièges en plastiques et 4 pédaliers au ras du sol. Nous étions conviées à venir admirer l'engin. il paraît qu'elle marche bien et qu'elle va même très vite! J'imagine cela comme un rêve de petit garçon réalisé à l'âge adulte
"Ce sont ceux qui rêvent qui changent le monde. Les autres n'ont pas le temps" (Lu sur le mur de l'auberge de Jeunesse de Montréal)
La création artistique des hommes est-elle différente de celle des femmes? Moi, je dis oui dans la plupart des cas, même si je connais des exceptions, mais je me ferais certainement tirer les oreilles par certain(e)s si je le disais tout haut..
Pour terminer la soirée , on est allés au cinéclub pour voir un film québécois "idole instantanée", histoire d'un reality-show calqué sur les Star-academy et Loft-story. C'était très marrant, le trait parfois un peu outré, et la critique des show à mon goût pas assez percutante, mais on a bien rigolé. C'est la même actrice qui joue les 4 concurrentes et aussi le mec gagnant du show précédent, et ça , c'était vraiment une performance!
Oh dieu, le ciel s'éclaircit, je vais pouvoir aller au centre!
PS: Je me demande si j'ai des lecteurs, à part Tiggerdan, la fidèle? Si oui, il est possible d'ajouter son grain de sel! (Sinon, c'est marrant aussi ce dialogue qui s'instaure entre nous:-) )
22 septembre 2005
Cascapedia, Percé
Rétrospective V
Le 4 et le 5 septembre.
Quand on sort de la tente, le soleil brille mais le vent souffle et il fait frais. Vite, du thé pour nous désengourdir et nous réveiller! Je vais boire ma tasse près de l'embarcadère du lac parce qu'il est déjà au soleil et je m'assieds sur une des barques retournées, en matière synthétique, parce qu'elle a emmagasiné un peu de chaleur. Je porte mon anorak, mon bonnet, mes grosses chaussures, etc... peu après arrive le couple qui pêchait la veille et qui a oublié une canne à pêche sur la rive. Elle, une petite bonne femme blonde aux yeux bleus est en short et en t-shirt. Le monsieur est un français de la banlieue parisienne qui vient souvent en Gaspésie. Elle vient de Sainte Anne Des Monts, et la grande pêcheuse, c'est elle. Hier, elle a pris 5 truites et il y a quelques jours à Gaspé, elle a péché le hareng. Elle adore ça, c'est sa distraction favorite. Le Monsieur connaît Saint Jean Port Joli où il a fait l'acquisition d'une pendule de bois décorée de feuilles d'érables sculptées...
Ils disent que beaucoup de Français ont acheté des maisons en Gaspésie, ce qui fait monter les prix. La dame a sept soeurs , réparties sur tout le Québec, mais elle reste à Sainte anne des Monts parce que c'est l'endroit qu'elle préfère de toute la terre. Ils nous quittent en nous souhaitant bon voyage et nous nous mettons vite à replier la tente.
La route longe la rivière Cascapèdia. D'abord on traverse le Parc National avec le Mont Albert à gauche et les Monts Garrigle à droite. Forêts, forêts, forêts, puis la vallée s'entrouvre peu à peu, le soleil devient de plus en plus chaud et la "rivière à saumons" serpente et miroite à notre droite. Tous les kilomètres, il y a une concession de pêche pour attraper les pauvres saumons qui tentent de remonter vers leurs origines. On s'est arrétés à l'une de ces concessions pour suivre le peit sentier qui mène à la rivière et y pique-niquer. On est en t-shirt maintenant. Peu à peu, des maisons de bois blanc apparaissent, on arrive à Richmond, de l'autre côté, sur la côte sud de la Gaspésie et c'est à nouveau l'été. On trouve une plage déserte où je mets un pied dans l'eau pour voir: elle est plus chaude que celles des calanques de Marseille au mois d'août! alors je ne résiste pas, je vais chercher mon maillot de bain pour faire quelques brasses dans l'eau salée de l'Atlantique.
Cette impression d'été retrouvé après la pluie nous induit en erreur. Contrairement à ce que nous dicte la raison nous nous arrêtons sur un camping en bord de mer à Bonaventure. On mange, on boit une bière face à la mer, on fait une petite ballade dans la nuit, puis on va se coucher et et au bout de quelques heures, je suis transie, mouillée, raide de froid et d'humidité, cachée sous tous les pulls, bonnets et anoraks que j'ai pu empiler les uns sur les autres et incapable de dormir.
Pour couronner le tout, la douche du matin était tiédasse.
On a continué sur une route qui était toujours aussi belle et ensoleillée, mais moi j'en ai un peu marre du camping, alors près de Percé, à l'Anse à Beaufils on a choisi un petit motel pour les deux nuits suivantes, en ayant l'impression d'avoir accès à un palace après toutes ces rudes nuits.
Après avoir déposé nos bagages, on a continué jusqu'à Percé. Pause sur le parking d'où on a une vue magnifique sur le rocher percé qui se trouve dans la mer. Ça ressemble un peu à l'Esterel, parce que la roche est rouge sombre, elle tombe à pic dans la mer bleue, le ciel est d'une limpidité parfaite et les sapins vert sombre couvrent les collines environnantes. C'est le lieu d'arrêt obligé pour "la" photo souvenir, on s'en aperçoit bien vite au nombre impressionnant de ces gigantesques camping-cars qui s'arrêtent là, dont descendent en général deux ou trois Américains dodus bien ronds accompagnés d'un petit caniche qui jappe. Ils prennent "la " photo puis remontent dans leur forteresse ambulante et continuent la route . Elles font au moins le double de celles que l'on voit en Europe et souvent traînent derrière elles un 4 X 4 attaché à leurs basques.
Comme on reste un peu plus longtemps, on gène, car on occupe l'endroit le plus photogénique du parking, la meilleure vue qui évite le bâtiment pas très chouette à gauche de l'image. Alors on se pousse un peu et on joue même obligeamment les photographes pour ceux qui le demandent. Une famille française pose au grand complet. Le monsieur regarde le rocher percé et dit : "nous aussi on a ça en France!" "Je dis "Oui, à Etretat, sauf que la roche est blanche et que ce n'est pas une ile." Percé-village est un peu trop touristique à notre goût. Que des boutiques-souvenirs partout et des sociétés de bateaux pour aller observer les baleines. J'aimerais bien aller voir les baleines... mais je ne suis pas vraiment en forme, j'ai mal à la tête et à l'oreille gauche (résultat de la nuit glaciale)
D'un endroit un peu retiré près d'une plage, J. dessine la mer et le beau rocher rouge tandis que je me balade au long des petites vagues. Plus tard, on se retrouve au pied d'un sentier qui grimpe vers une sorte de petit promontoire sur la falaise. En bas, se trouve une guérite avec un panneau: vue sur la mer, SVP déposer un dollar.Là, encore une fois, on trouve que c'est un peu fort de café et on décide de ne pas déposer un dollar et de quand même regarder la mer!
Retour au motel qui a aussi une vue merveilleuse sur la mer et où on apprécie d'être au sec et au chaud.Le soir, il y a Amélie Poulain à la télé et puis un beau lit douillet avec de vrais draps, des couvertures et des dessus de lits en dentelles : le Paradis!
Le mardi 20 septembre, D. m'a donné un calendrier des marées,maintenant je peux savoir quand ça monte et quand ça descend. Hier, temps magnifique. En t-shirt et pantalon retroussé au Parc des Trois Bérets pour lire et écrire. Encore un héron qui se balade juste devant moi, gris, bleu, énorme envergure que je constate quand il s'envole. A midi, ils parlent de "l'autre rive" , celle où le froid commence. Des villages où on ne peut accéder que par bateau l'été ou en moto-neige l'hiver, parce qu'il n'y a plus de routes après le village où Gilles Vigneault est né , Natashquan. Ici, c'est vraiment bien civilisé..
Rétrospective IV
Le 3 septembre, il n'y avait pas de soleil lorsqu'on a émergé de la tente. On a vite fait du thé pour nous réchauffer les doigts et l'estomac et on est allés vers le Parc National de Gaspésie. Forêts, forêts, forêts, drues et serrées, les arbres agglutinés les uns sur les autres, comme pour faire front à la tempête et à la neige qui viendront bientôt sans doute. Il faut, comme je l'ai déjà dit , faire l'emplette d'un "permis de randonnée" au "centre d'interprétation" qui vous explique la forêt, la géologie et qui vous vend des élans et des nounours en peluche et autres babioles. Il a commencé à pleuvoir. La dame au comptoir nous a recommandé la promenade au Lac aux Américains qui n'est pas trop lointain. Des cars de touristes sont stationnés là, deversant des petits vieux encapuchonnés qui n'ont pas l'air trop heureux d'être là. Faut dire que le temps devient de plus en plus moche On attend dans la voiture en mangeant nos sandwiches qu'une hypothètique éclaircie nous permette au moins de nous mettre en route.. A un moment où il pleut moins, on tente une sortie avec le beau parapluie d'Utrillo. Beaucoup de monde sur le chemin, des petits touristes comme nous et des randonneurs chevronnés qui font la trans-appalachiennes ou la trans-gaspésienne avec des sacs de 10 kilos sur le dos, des vêtements anti-pluie adéquats, des mollets musclés à l' air libre et d'énormes bottes de marche.. On jette un coup d'oeil sur le Lac Américain qui est vraiment splendide, sauvage au milieu des sapins. Mais une nouvelle trombe d'eau arrive et on s'abrite dans le refuge placé là fort à propos et qui fume de la buée produite par tous les randonneurs suants et trempés cherchant à se sécher un peu. "Hier, on était en T-shirt sur les sommets" me dit une Américaine qui fait la transappalachienne. Pendant une seconde accalmie, on fait une seconde tentative en continuant le chemin qui monte sec et qui ressemble à un ruisseau, mais au bout d'une demi-heure, on abandonne, trop c'est trop, et on fait demi-tour pour aller boire un thé hyperchaud au centre d'interprétation et contempler la nature à travers des vitres et les pieds sur le chauffage.
Pour compléter la journée, J. constate soudain qu'il n'a plus les clés de la voiture. Panique pendant au moins un quart d'heure (c'est long!) Vous êtes les deuxièmes à perdre vos clés aujourd,hui constate laconiquement un monsieur à la réception. Finalement, on les retrouve dans la salle d'exposition, posées à côté d'un jeu vidéo d'observation de la nature.
Il pleut moins. On retente une petite sortie vers les chutes de la rivière Sainte Anne et J, exulte parce qu'il trouve toute une flopée de cèpes magnifiques et dodus, juste au bord du chemin, au moins, on ne sera pas venus pour rien.
Finalement, on retourne au camping-pêche. Là, il ne tombe que quelques gouttes, mais c'est bien humide partout. Heureusement il y a une espèce de petit kiosque en bois juste à côté de la tente où on s'abrite pour manger. Le pécheur qui boit de la bière vient nous parler. "Il fait beau" dit -il. Ah oui?? "Ben, vous n'avez pas eu trop froid cette nuit?" Euh, non, pas trop... "Voulez-vous une truite? regardez, j'en ai péché trois!" J'aimerais bien , mais on a déjà mangé et je n'ai plus envie de faire cuire une truite sous la pluie et dans la nuit sur le mini-réchaud. Alors je vous l'apporterai demain matin pour le petit déjeuner, c'est une promesse et les promesses sont faites pour être tenues, clame-t-il (promesses d'ivrogne?) il est passablement imbibé d'alcool, mais très gentil et il a envie de causer, ça se voit bien. Je me demande comment il va pouvoir conduire son 4 X4 jusqu'à chez lui. En attendant la truite, il me fait cadeau de deux tomates du panier qu'il a acheté pour son lunch et il se met au volant, tout en promettant la truite pour demain matin.
On parvient à faire du feu sous la pluie, je me tiens au ras du foyer et sous le parapluie jaune, pour me réchauffer un peu avant de disparaître sous la tente, pyjama, chaussettes, bandeau, duvet, bonne nuit, bonne nuit, les petits!
20 septembre 2005
Retrospective IIi
Le deux septembre
Le matin, on n'avait pas de quoi se faire chauffer un thé, mais à la reception il y avait heureusement des distributeurs de boissons chaudes. Beau soleil. Un petit "Chip-munk", un genre d'écureuil qui s'invite à notre table de déjeuner, grimpe sur nos chaussures et jambes de pantalon et emporte les miettes de gateaux qu'on lui donne pour les cacher dans les branches des sapins. J'adore ces petites betes gracieuses, agiles, rapides et curieuses.
Ensuite on replie tente et duvet et on continue le chemin jusqu'à Rivière Du Loup pour faire des courses, changer des chèques de voyage et prendre un café. On se gare devant la banque, toutes les places sont libres il y a un panneau de stationnement limité à une heure, mais depuis le PV injuste à 57 Dollars, je suis méfiante et un peu énervée parce que le moindre bled où il n' y a pas un chat et où on ne risque pas de géner en garant sa voiture, a mis partout des signes de stationnement réglementè, limité comme si on était en plein New-York. Je demande à un jeune homme qui passe si c'est OK de laisser la voiture là. Il me dit oui, oui pas de problèmes, c'est autorisé pour une heure. comme il n'y a pas d'horodateurs je demande : Mais comment il le sait, le policier, si on est là depuis plus d'une heure? Alors ça, c'est facile dit le jeune homme, il passe dans la rue et avec une craie, il fait une petite marque sur ton pneu arrière et sur le bord du trottoir et quand il repasse une heure plus tard il regarde si tu es toujours à la meme place, Je ne le croyais pas vraiment, mais en remontant la rue, on a vu la policière ou l'employée municipale dévaler la rue en s'agenouillant à coté de chaque voiture pour faire ses petits traits. Ça, ce sont des travaux d'utilité publique pour occuper la population! Passer sa journée à faire des génuflexions devant les voitures, c'est du sport, c'est au grand air et ça peut rapporter un peu d'argent.
Après, on a pris un café dans un petit café-restau très mignon, mais on a été bien déçus par le café. Moi, je voulais un express. La dame demande normal ou allongé? Prudente, j'ai dit :normal. Et J.? Un café "régulier". Corsé, léger ou raffiné? Perplexité... devant tant de choix à accomplir pour finalement obtenir : moi : un centilitre de café mauvais et trop fort et J. un demi-litre de café mauvais et jus de chaussettes. On a mélangé les deux, mais le résultat n'était pas terrible non plus. Bon, c'est pas le pays du café, ici. (Comme ce n'est pas celui du vin).
On a pique-niqué en bordure du Parc national du Bic. Pour y rentrer, il faut payer et on voulait pas payer pour une demi-heure. Ce rapport à la nature payante et à la propriété privée partout est un point qui nous fait raler dans ce joli Canada que nous trouvons par ailleurs plutot chouette.Nous qui avons l"habitude de trainer nos bottes partout (surtout J.) à travers champs, bois, ruisseaux, chemins, marécages et sentiers, qui passons nos étés à découvrir de nouveaux GR en France et de nouveaux circuits de ballades, imagine s'il fallait payer à l'entrée de chaque GR ou pour monter en Foret-Noire! La marche est un des rares sports qui ne demande aucun équipement, aucune investition , à part des chaussures. Quoique ils essaient un peu avec le "nordic walking" (que nous appelons "silly walking" en hommage au flying circus des Monty Python). Donc payer pour marcher ou pour voir une foret nous énerve un peu,mais nous trouvons une très jolie place non-payante en bord de mer, une mer qui porte des iles vertes minuscules plantées un peu partout qui me font vaguement penser à la baie d'Along au Viet-nam.
Continuant ensuite toujours à longer la cote jusque vers 5 heures nous arrivons vers Sainte Anne des Monts où se trouve la bifurcation qui va vers le Parc National de la Gaspésie. J'hésite à camper là, en bord de mer, car je sais que les nuits y sont fraiches et humides, meme si le temps est beau. Nous prenons donc la direction du Parc National et on commence à s'inquiéter un peu parce que c'est la rase campagne (enfin, non, plutot la moyenne montagne) et il n'y a plus un camping à l'horizon, C'est là que je me compare aux oies qui tournoient dans le ciel à la recherche d'un endroit où dormir quand le soleil s'incline. Puis, miraculeusement, on voit un panneau "Camping-pèche" , on s'arrete et deux petits garçons venus d'on ne sait où se précipitent vers nous pour savoir si on veut camper. Oui, on veut. C'est 20 Dollars et on peut aller où on veut, vu qu'on est les seuls... alors on descend jusqu'au lac et on reprend vite fait le rituel du montage de tente. je deviens peu à peu aussi rapide et efficace qu'une indienne :-) ! je cherche du bois pour le feu, il est toujours un peu mouillé mais on réussit quand meme à le faire bruler. J. est un expert en feu...Il y a deux barques sur le lac, dans l'une d'elles, deux personnes discutent, d'un l'autre, un pécheur boit de la bière. Ils pèchent jusqu'à ce que le soleil ait disparu. La nuit tombe, le feu s'éteint, je chante à J. la chanson du "come to the land where the flavor is". Les romantiques films publicitaires ne montrent jamais comment le froid monte et les moustiques des jolis lacs piquent au crépuscule...
16 septembre 2005
Récit rétrospectif II
31 aout et 1er septembre
Dans la nuit très chaude et moite, on l'a déjà entendue, la pluie qui s'abat sur Montréal. Le matin, le ciel est plombé, des trombes d'eau se déversent sans interruption sur la ville. On descend prendre notre petit déjeuner avec les jeunes! À présent ça me fait plutot rigoler, j'aime bien cette ambiance "Where-do-you-come-from?" Premières tartines au beurre de cacahuètes, un de mes très anciennes amours (beurre d'arachnide ou pin-up butter dit N.) et contemplation un peu désolée de la pluie par la fenetre. Comment visiter une ville par un temps pareil? On sera trempés jusqu'aux os après trois pas.... Judicieusement, les responsables de l"auberge vendent des parapluies en réclame à dix dollars ce matin, qui partent comme des petits pains. Premier achat montréalais:un superbe parapluie avec une reproduction d'Utrillo dans de jolis tons chauds verts et jaunes qui font presque fantasmer sur une présence virtuelle du soleil.
On nous a dit qu'il fallait "bouger " la voiture avant midi, ce qu'on fait donc, mais un PV tout dégoulinant s'accroche déjà aux essuie-glaces. 57 dollars! et il était meme pas encore midi! Comme il pleut toujours, on décide de faire un peu de voiture, puisqu'on ne sait pas où la mettre, on remonte Sherbrooke, on redescend Sainte Catherine, c'est pas folichon, il pleut tellement qu'on y voit à peine. Finalement, on découvre un parking à 4 dollars la demi heure, on parlemente avec le gardien qui finit par accepter de nous la garder jusqu'à demain matin pour 15 dollars tout compris, pas de taxes , ouf, voilà un problème de résolu. On bavarde un peu avec le gentil gardien qui vient du Maroc et qui est là depuis 4 ans. Je lui demande si ça lui plait. Le "non" est abrupt et net.Mais il faut, j'ai une famille à nourrir... Ce qui ne lui plait pas, c'est le temps (je m'en doutais un peu) et puis que tout va trop vite ici, c'est le speed permanent. En Europe, ça va encore dit-il, c'est raisonnable, meme si c'est encore mieux au Maroc, mais ici, tout est trop rapide.
Maintenant, je me rappelle qu'il y a plein de passages souterrains à Montréal (J'ai lu ça il y a longtemps dans un manuel de français langue étrangère) pour échapper au blizzard d'hiver, normalement, on doit pouvoir aussi échapper aux reste dégoulinants de Katrina. On trouve un passage, une librairie, un musée d'art contemporain. Voilà de quoi nous occuper un moment. Puis une grande galerie marchande, reliée à une autre galerie etc... On joue à la taupe , on ressort de temps en temps pour voir s'il a arreté de pleuvoir et vers 4 ou 5 heures, la pluie s'estompe, on peut marcher dehors et on va visiter les vieux quartiers, le vieux port, la rue Saint Paul, la Place Jacques Cartier.. puis on repart prendre une bière dans un bar de notre quartier qui est sympa aussi et dont le patron, confiant comme tout, ressort déjà les tables de la terrasse...
Le premier septembre
Retournés chercher Titine, la voiture, dit au revoir à la petite auberge espagnole et quitté Montréal.
Première étape: Saint Jean Port Joli, car nous voulons savoir ce qui nous attend les mois suivants. Ce qui est déconcertant dans les villes et les villages ici (aux E.U, c'était pareil) c'est que nous ne les identifions pas comme une ville ou un village, parce qu'en bons européens nous cherchons un centre. Avec une église et plein de petites maisons groupées autour, par exemple. Mais les villages s'étirent en longueur au bord du fleuve.Quand un village est fini, aussitot le suivant commence. Nous y restons très peu de temps parce que nous voulons garder les découvertes pour plus tard.
Beaucoup de fermes au long de la route, avec ces grands silos d'argent qui dominent le paysage, le nom du propriétaire écrit en gros sur une de ces tours. Ce qui est très beau, ce sont les toits des granges : rouge vif, bleu clair, vert émeraude qui se voient de très loin. Le toit des grandes églises est souvent argenté.Ça brille dans le soleil et ça fait vraiment un superbe paysage coloré. Sinon, le paysage c'est toujours :à gauche le fleuve, à droite les champs étirés tout en longueur et, au loin, les Appalaches (Ce qui ne veut pas dire que ce soit monotone)
Kamouraska, Kamouraska, ce joli nom me dit quelque chose. je crois qu'il y a un roman qui porte ce titre. On s'arrete peu après Kamouraska (Ce doit etre indien? Mais ça a une résonnance un peu japonaise , orientale : Kurosawa, Kamasoutra...) dans une sorte de parc-national-réserve-écologique-camping au bord du fleuve. Il fait beau aujourd'hui. L'emplacement se trouve dans la foret, au bord du Saint Laurent, avec comme dans tous les campings de l'Amérique une table et des bancs de bois et un emplacement pour faire du feu. Comme J. a oublié de remplir d'essence notre tout petit réchaud, on se met à chercher un peu de bois sec pour faire chauffer notre soupe, ce qui se révèle fort ardu, car la Katrina est aussi passée par là la veille et n'a laissé que des flaques et du bois mouillé partout sur son passage.
La dure vie de pionnier commence!!
Les herbes poussent entre les marées (la batture), le fleuve est loin, c'est marée basse. Le soleil se couche sur les montagnes.
"J'aime bien les couchers de soleil. Allons voir un coucher de soleil"
"Mais il faut attendre!"
"Attendre quoi?"
"Attendre que le soleil se couche."
"Je me croit toujours chez moi!"
(Le petit Prince)
Chez moi, le soleil est couché depuis six heures et le décalage se fait encore un peu sentir par une fatigue qui survient très tot et nous envoie nous coucher avec les poules. Mais que faire d'autre, d'ailleurs? Le maigre feu s'est éteint faute de carburant, la nuit est tombée et l'humidité monte du fleuve...ne reste plus qu'à se réfugier dans les duvets.
Première nuit sauvage...
L'arrivée
Autobiographie: récit rétrospectif en prose à la première personne du sujet relatant son itinéraire et son devenir :-) !
Je n'aime pas trop les récits rétrospectifs à la première personne du genre: j'ai fait ci puis j'ai fait ça puis j'ai vu ça, mais là, je vais bien etre obligée pour boucher le trou des deux premières semaines où je n'ai rien écrit...
le 13: fait un tour sur les rochers pendant que la mer se retire, puis petite ballade à vélo jusqu'à l'Islet, le prochain bled. Beau temps un peu voilé, humide. Le soleil est rouge derrière le sapin. On ne voit pas l'autre rive. Aujourd'hui, les mouettes ne dansent pas. J'aurais beaucoup de choses à dire à propos du langage.
-Les mots canadiens que j"apprends
-L'accent
- La compréhension parfois brouillée
Le Saint Laurent à Port Joli : indécidable entre mer et fleuve. La batture : Là où le fleuve se retire où pousse l'herbe dans l'eau, que mangent certains animaux. Le Saint Laurent est gris-marron ici, plein de glaise toute douce, toute lisse, il parait que sur l'autre rive, il est bleu et beaucoup plus froid
Récit rétrospectif I
Le 30 aout, S. et T. nous ont accompagnés à Francfort. On a pleuré un peu en se quittant S. et moi. Pas les hommes, les hommes ça pleure pas.
Dans l'avion, je comprends le stress des poules enferméees dans les cages avec tout juste assez d'espace pour tourner la tete à droite et à gauche. Avant le décollage, il faisait très chaud et je me sentais proche de la panique claustrophobique, enfermée avec 399 autres poules caquetantes, gigotantes et énervées. L'idée du nouvel airbus avec 7 ou 800 personnes à bord ne m'enthousiasme guère. 400 poules, c'est déjà assez pour un poulailler si exigu.
Et quand ça crashera...
Mais le vol était superbe car le ciel était absolument dégagé. J'ai vu la Picardie (Coucou, mon pays natal!) , la Manche, l'Angleterre, l'Irlande et meme le sud du Groenland de manière tout à fait nette. Au dessus du Canada, c'était un peu plus nuageux, mais on a vu quand meme l'embouchure du Saint Laurent, puis l'arrivée sur la grande banlieue de Montréal où ils ont presque tous des piscines dans leur jardin. Entre temps, il était déjà minuit pour nous, mais seulement 18 h. à Montréal. Longue queue pour passer la douane Des Français devant nous s'inquiètent d'un bagage laissé à l'abandon dans la file. Nous aussi. Les Canadiens n'ont pas encore le réflexe méfiance-bagage-abandonné. C'est juste quelqu'un qui est trop flemmard pour tirer son sac avec lui et qui le pousse latéralement d'une file à l'autre.
Passée la douane sans encombre on va récupérer la voiture. C'est une Echo Toyota rouge. Je regarde la plaque minéralogique et je me demande : est-ce en l'honneur de Georges Perec :"Je me souviens"?, mais cela se retrouve sur toutes les plaques québecoises et ça a surement une toute autre signification.
Et maintenant: livrés à nous-memes à la recherche d'un hotel. Je ne peux plus lire le plan à cause de la pénombre et je suis morte de faigue. Mais J. se débrouille plutot bien.(Très bien :-)! ) La veille, on avait noté quelques noms d'hotels pas chers sur Internet avec S. Le premier, on ne le trouve pas, le numéro indiqué n'existe pas dans cette rue. Alors on va sur Sherbrooke où on a plusieurs autres adresses et le premier qu'on trouve c'est une auberge de jeunesse. Moi, je dis: Ah non, je vais pas la-dedans, j'ai passé l'age! Mais en regardant à l'entrée on voit qu'ils louent aussi des chambres individuelles. Ce n'est pas cher et je suis tellement K.O que je dormirais n'importe où (entre temps, il est trois heures du matin). Alors on sort les bagages, on gare la Toyota là où le jeune homme de la réception nous assure que nous pouvons la laisser jusqu'à midi et on va dans la chambre aux murs qui semblent épaissement tartinés de crème au beurre jaune et onctueuse. J'envoie un SMS à S. ou du moins je crois l'envoyer et on se couche. Ouf!
(Quand on est arrivés à New-York en 98, il y avait Bob qui nous attendait avec trois T-Shirts "Welcome in N.Y" et sa voiture. Il nous avait fait faire un petit tour Down Town, nous avait laissé descendre au pied des Twins Towers pour qu'on les admire (!), nous avait emmenés à la location de voiture, puis nous avait conduit chez lui où nous avions passé 4 ou 5 jours, c'était nettement plus facile, comme arrivée...)
Le 15 septembre
Les dates du blog sont très méli-mélo parce que je recopie des choses que j'ai notées avant, donc il y a décaalge. Ensuite, je fais des retours en arrière pour parler des deux premières semaines, donc je reprends des dates anciennes. Enfin hier, après avoir complété une entrée, je veux la relire et je m'aperçois qu'elle est datée du 15. Hein? Quoi? Ah oui, là où le blog "est" (Mais où est-il?), on est six heures plus tard, donc déjà le 15. Alors là, j'ai écrit dans le futur? ouh, encore des choses pour emméler et dérouter mes pauvres neurones...
Le 16 Septembre
Etiqueté sur un fromage, pourtant bien identifiable en tant que fromage : ENREGISTRER AU RAYON FROMAGE. Des fois qu'on le reconnaisse pas?
Hier j'ai envoyé un courriel à N.
J'ai visité les 3 magasins de Port Joli
J'ai visité le parc à sculpture
J'ai marché sur la digue du port.
Que me reste-t-il encore à découvrir?
Avant hier, j'étais devant la porte fermée du bureau de tourisme où je voulais demander s'ils avaient un calendrier des marées (Ce fleuve qui monte et descend sans arret devant nos fenetres, j'aimerais bien le "prévoir" un peu.) Devant le bureau fermé, 4 Américains inquiets s'adressent à moi, croyant que je fais partie du personnel : Could you tell us where we are? Yes, You are in Saint Jean Port Joli. Vous pourriez nous montrer sur la carte? Oui, bien sur, c'est là. Ebahis : Mais alors où est Québec City? Oh, c'est à 100 kms d'ici environ, vers l'Ouest. L'Américain perplexe : mais on est passé devant, sur la route 20 et on n'a rien vu ! Je trouve ça étonnant aussi, mais je ne peux pas leur donner d'explications, je ne me souviens plus non plus des panneaux indicateurs. Je leur explique encore qu'ils se trouvent sur la route 132, qui comme l'autoroute 20 va vers Rivière Du Loup à l'est, qu'ils peuvent continuer sur l'une, traversant les petits villages, ou sur l'autre, l'autoroute, ou bien retourner à Québec vers l'ouest. C'est pourtant pas sorcier, il n'y a que deux directions ici, est ou ouest. Ils me remercient, tandis que je leur souhaite bonne route.
Ils ont peut-etre "une job" pour moi au bureau de tourisme?
15 septembre 2005
Coucou,la revoilà!
Petit flashback
Le 12 septembre
Le bon moment pour commencer. Assise au soleil dans la cour d'est-nord-est. Chaleur d'été incroyable avec un doux petit vent. On vient de choisir nos vélos et J. son atelier. A ma droite, "le" fleuve, Saint Laurent si large aux marées imposantes. 14 jours déjà que nous sommes là, toujours en route et tellement occupés qu' il n'y avait pas de temps pour l'écriture. Je pense à Fribourg où c'est la rentrée. L'université d'été du Frankreich Zentrum à laquelle je participe toujours, c'était la semaine dernière. J'espère que ça s'est bien passé.
J. huile mon vélo et descend la selle. Ce sera notre seul moyen de locomotion, maintenant que nous avons rendu la voiture.
La table de bois est rouge comme le toit de certaines granges. A ma droite, les Appalaches. On ira peut-etre y faire un tour si les vélos marchent bien...
Hier, on est allés acheter des oeufs de poules Chantecler. Ce sont des poules qui résistent au froid, parait-il. Poules canadiennes avec des mitaines et un bonnet de grosses plumes épaisses? On a aussi trouvé des bolets jaunes et une perdrix nous a suivi comme un toutou, mangeant les morceaux de pommes qu'on lui jetait.
On a aussi visité la "Seigneurie des Aulnaies". Leçon d'histoire québéquoise. Je m'aperçois que mes connaissances à ce sujet sont fort vagues. Visite du moulin "banal", c.a.d. réservé au seigneur qui moud pour les manants qu"ils appellent les censitaires, et visite du manoir.Avec les explications de la dame qui commentait la visite, j'ai eu une vision réelle de ce que pouvait etre la vie quotidienne du temps de Jane Austen et de Mr. Darcy. Le salon où l'on cause, les tables de jeu pliables, le fauteuil où l'on se retire si on ne désire pas parler, le boudoir où Madame coud, brode, crochète et reçoit ses amies. La salle à manger, les chaises avec des trous dans le dossiers pour laisser passer la queue des redingotes, la bibliothèque de Monsieur. Chambre conjugale où l'on se cache derrière les portes des placards pour se déshabiller tout en s'épiant dans le miroir. Chambres du haut pour les enfants, la gouvernante et les invités. Lits où on dort assis de peur de mourir allongé! Cuisine où mangent les enfants et les domestiques. Peu de choses sur le bain et les toilettes...
Grand parc aux allées sauvages, plus coin domestiqué avec étangs et cascades où on a aménagé "the picturesque" selon les gouts victoriens. Jamais je ne me suis sentie aussi près de l'ame de la maison victorienne.
11h50 : Je voudrais bien etre arrivée quelque part... (variation sur: je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part.)
Le 13 septembre: A quoi on occupe ses neurones quand on est en voyage: par exemple à se poser des questions insolubles sur la manière de faire fonctionner les portes et les robinets. Au Québec règne la plus grande fantaisie à ce sujet. Une fois on tourne à droite, une fois à gaùuche. On clique, on enfonce, on tourne, mais ça ne fonctionne pas forcément. On fait bien attention avant d'ouvrir la douche, on est sur d'avoir trouvé le bon robinet et on se fait bruler le cuir, on tourne l'autre robinet , ça devient froid, on veut remettre du chaud, mais on tourne à l'envers et ça devient glacial. on finit par ne plus savoir du tout quel bouton fait quoi et quand on veut sortir, on arrive plus à ouvrir la porte.
Alors ça y est on est dans le loft. loft story, c'était une émission de télé-réalité française, je crois, où on éliminait peu à peu les candidats, mais comme on est que deux et que je partirai la première, il n' y aura pas de suspense!
Loft, ça veut dire que c'est une seule pièce avec tout dedans, cuisine , salle à manger, salon, chambre. mais la salle de bain est séparée!
C'est magnifique, très grand , très clair, il n'y a pas de volets. Heureusement, Air France nous a fourni un masque dans l'avion, sinon je ne pourrais pas dormir.Le Loft est bien décoré, un magnifique lapin orange énorme qui galope sur le mur. Comme une présence dans la maison.Mais l'eau est jaunatre qui sort du robinet, on n'ose pas la boire.
Grande porte fenetre, tout est grillagé à cause des moustiques, petit balcon donnant sur le fleuve et la Cote Nord, splendide panorama. hier soir il faisait un temps d'été, en jupette et en t-shirt jusqu'au coucher du soleil qui se couche juste en face de nous sur la rive nord, tout orangé laissant des traces roses , violettes, jaunes, oranges dans le ciel. Les mouettes organisent un ballet juste en face de la fenetre au dessus de l'embouchure de la rivière port -joli. Rencontre pour le plaisir, elles tournoient, se poursuivent , s'esquivent vont et viennent jusqu'à ce que le soleil plonge derrière les montagnes. Après, elles disparaissent. Au lit, les mouettes!
Avant, il y a eu le passage d'oies sauvages Il y a une ile près d'ici qui s'appelle l'ile aux Grues où elles font halte dans leur migration vers le sud. elles arrivent en formation, la plupart du temps en V avec l'oie cheftaine à la pointe du V, ou quelquefois en pelote indisciplinée. Je pense à Nils Holgersson - voyager avec les oies, ça fait rever. Une de ces pelotes était très indécise. Elles ont tourné en rond, sont reparties dans l'autre sens vers la bouche du fleuve, sont revenues encore une fois. On voyait qu'elles cherchaienbt une place où passer la nuit.Ça m'a rappelé tous les soirs où à partir de cinq heures on a cherché un camping ou un motel, tournoyé aussi, un peu énervés, sachant qu'à 7 heures, il ferait nuit...
Devant le spectacle des oiseaux et du coucher de soleil:
- Ne jamais oublier que nous sommes mortels
-Que mes yeux cesseront un jour de voir ces merveilles
- mais les vivre comme si elles étaient éternelles.
That's all , folks!