Le blog du Canada

Journal intime

16 juin 2006

Des fraises, des hommes et la mer

De retour...
Quelques petites notes en vrac, sur ce qui s'est passé depuis la dernière fois. Dès qu'on bouge un peu, il y a plus de choses á raconter, alors que l'immobilité est souvent bien monotone...
Fraises dans les champs.
Dimanche, chaleur qui devient caniculaire, après avoir grelotté plus que de raison dans le sud. Balade á vélo dans les forêts plates de la plaine du Rhin. en rentrant, arrêt au champ de fraises, où chacun, pour un prix raisonnable, ( un Euro 45) peut venir faire sa cueillette. Dans cette chaleur lourde, de la route, ça sent déjà la fraise. Des familles entières turques, allemandes, russes défilent avec des paniers, des bassines, des tupperwares. Les rangées de fraisiers s'étalent sur des centaines de mètres. Elles sont couchées sur de la paille. Il est difficile de ne pas en écraser quelques-unes qui débordent sur les allées. L'odeur douceâtre et entêtante de la fraise chauffée au soleil flotte dans l'air. Celles qu'on engloutit voracement sur place, on ne les paye pas. Elles ont déjà presque la texture d'une confiture chaude, bourrée de sucre, s'écrasant sans résistance entre la langue et le palais. On est noyé dans la chaleur du soleil qui tape si fort et dans l'arôme de la fraise, un peu ivres, heureusement, nos petits cartons sont bientôt remplis et placés sur la corbeille de mon vélo, que je les emporte chez nous à l'ombre avant qu'elles ne se liquéfient au soleil.
(Alors vous, les petits monstres durs arrivés en camions réfrigérants d' Espagne, et pour lesquels, si on les croque les yeux fermés, on ne sait pas s'il s'agit d'une tomate ou d'une fraise, vous pouvez retourner chez vous!)
Des hommes qui portent des enfants
Je repense aux doutes qu'avaient insinués en moi la relecture de Houellbecq à propos des hommes (ils n'aiment pas les enfants, le sentiments de paternité n'existe pas, etc...)
J'ai bien ouvert les yeux pendant les vacances. J'en ai vu plusieurs... Rien de plus émouvant pour moi qu'un homme qui porte un enfant endormi, le petit corps abandonné, décontracté dans une confiance totale, la petite tête reposant sur l'épaule solide et les bras protecteurs de l'homme qui n'a pas l'air du tout de trouver incongru, déplacé, ennuyeux le fait de porter, protéger, bercer promener un enfant dans ses bras. Je me souviens d'un, particulièrement, qui marchait le long de la plage, comme nous, mais en sens contraire, donc croisé deux fois. Bel homme d'une trentaine d'années aux cheveux chatain bouclés, aux yeux presque transparents et l'enfant aux yeux semblables qui regarde par dessus son épaule et sourit aux vagues et au vent qui passe.
On n'a pas du tout l'impression que cette tâche de promener l'enfant a été imposée à l'homme, au contraire, ils ont l'air tous les deux totalement détendus et complices dans le balancement de la marche sur le sable, là où viennent mourir les vagues.
Rencontre à la gare de La Pardieu où nous avons du temps à tuer, après avoir raté le train à cause d'un chauffeur de car sadique déterminé à nous le faire rater: Dans un pub, C. s'attable devant la télé qui retransmet Roland Garros et parle de tennis et de foot avec un homme qui regarde aussi. On discute un peu pour faire passer le temps. L'homme reçoit un coup de fil et nous annonce fièrement qu'il s'agit d'un de ses fils. Des jumeaux, dit-il, nés en 1993 au jour et à l'heure du match...(J'ai oublié lequel, mais visiblement, c'était important!) Mes fils sont magnifiques, dit-il, et ils se soucient de savoir où se trouve leur papa qui doit venir les chercher après l'école. On sent la fierté, l'amour dans sa voix.
Tout cela me rassure.
H. ne voit que la moitié noire du monde.
Cavalaire et Côte d'Azur.
J'avais déjà fait ce constat l'année dernière en rejoignant C. à Cavalaire : ce monde n'est pas le mien. Cet endroit me paraît presque entièrement artificiel. Bien sûr, quand on arrive en car et qu'on longe la côte depuis le Lavandou on ne peut pas ne pas être émerveillé par la luminosité, les couleurs, azur du ciel, bleu d'encre de la mer, vert sombre des pins, taches vives des lauriers-roses et des bougainvillées. Mais Cavalaire n'a pas d'âme, pas de vrai centre, c'est poussé comme un champignon gonflé artificiellement par le tourisme. Les maisons privées sont partout, aucun bout de forêt épargné, on dirait la Californie. No trespassing. Heureusement qu'on est obligé de laisser un couloir de passage devant la mer, car sinon les parasols et les chaises-longues à 18 Euros la matinée dévoreraient tout l'espace.
Toutes les maisons ont les mêmes fleurs, elles se ressemblent toutes, grosses barrières automatiuqes avec code secret, gros chiens méchants qui aboient au passage du malheureux qui se hasarde à marcher. Car tout le monde sauf nous circule en voiture parce que les maisons s'enfoncent très loin dans la montagne. Les gens foncent comme des malades, il faut faire très attention aux passages cloutés. Et encore, ce n'est que début juin! En été, ce doit être un cauchemar.
Sur les plages, il y a surtout des vieux riches qui profitent du temps où les jeunes riches n'ont pas encore de vacances. Riches Allemands, Belges, Néerlandais, Français. Les anciens dirigeants de filiales bancaires, les ex-avocats ou médecins retraités n'hésitent pas à enfiler des shorts ridicules en madras rouge jaune vert bariolé qui flotte au vent sur leurs jambes maigrelettes artistiquement chaussées de sandales de Jésus...
Même le marché est différent de celui de chez moi. Dans Monmaquis, le marché est "réel", même quand il y a des touristes, il est tout aussi important en hiver, il est visité par des mémés à fichus et des pépés en savates, par des gens qui connaissent les stands où les légumes sont moins chers, bref, ce n'est pas qu'une attraction touristique, c'est une réalité hebdomadaire.
Cela dit: le plaisir de retrouver C., de passer trois jours avec elle, de se baigner dans la mer pas trop froide bien qu'agitée par le Mistral (mais cette année plutôt propre et sans méduses bleu marine) et de marcher pieds nus dans le sable, tout cela bien sûr fait un peu oublier tout le reste moins sympathique...
J'ai encore pas mal de choses à raconter, mais plus de temps...(entre autre le voyage mouvementé de C. et la journée du vernissage de l'exposition au Pays de Barr en Alsace)
Alors à la prochaine fois !

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25 mai 2006

Ancolie et mélancolie

Est-ce que mon journal-papier a changé? Depuis le Canada et le blog, oui, c'est certain. il est plus tourné vers l'extérieur, ou plutôt coupé en deux. Il y a le "off" et et le "on". quand j'ai envie de me plaindre ou de pleurnicher, je le fais pas dans le Blog, je garde pour moi, par exemple. Mais ça m'oblige à faire aussi autre chose que pleurnicher, justement..
Quoi de neuf? A mon corps défendant, un peu en renaclant, j'ai relu les Particules Elémentaires, parce qu'on en avait beaucoup parlé avec M.(qui l'a relu aussi) et C. (qui refuse strictement d'en lire une ligne.)
Profond malaise, ressentiment, colère, mais aussi réflexion... il a, selon moi, d'une part tout à fait raison et d'autre part profondément tort, ce qui fait que je me débats comme une souris prise au piège entre les deux jugements.
Dégoût, colère (mais aussi ironie et pitié) face à la manière dont ce mec considère les femmes, à partir du moment où ellles ne sont plus rondes et fermes et ont dépassé 35 ans, donc ne sont plus consommables. Toujours être jugée sur l'extérieur. En plus, 35 ans, vu de mon balcon, c'est la prime jeunesse, ce qui fait de moi une zombie, un mort-vivant en sursis, une vieillarde édentée et bancale... (mais moi je sais bien que j'ai toujours mon p'tit coeur de 15 ans qui bat bien au chaud dans ma poitrine par moments!)
Est-ce que vraiment une partie de la gent masculine nous voit seulement comme ça? (pas tous évidemment)
Quand il dit: les hommes n'aiment pas, ils désirent, ils restent par facilité, ils n'ont pas de désir d'enfant, pas envie de pouponner, est-ce vrai pour la plus grande partie de nos mâles occidentaux (et d'ailleurs), est-ce juste sa vision totalement pessimiste de l'homme et de la femme, ou est-ce une vision véridique des choses? Il n'y a pas de vision unique. Il me semble qu'à toutes les visions du monde, on peut en opposer une autre, donc ici plus optimiste, plus "humaine". Mais en même temps, quand on regarde comment tourne le monde, on ne peut s'empêcher de penser qu'il a quand même terriblement raison parfois... et c'est ça qui est déprimant. Si je pouvais tout réfuter en disant c'est juste la vision d'un mec déprimé qui a peint le monde en noir. Mais il en existe tellement dans son genre que le monde finit vraiment par avoir des couleurs noires. Les Echenoz, Oster, Weyergans et autres suiveurs, on peut les balayer d'une pichenette, parce que leur vision du monde nous emmerde et nous paraît futile et superficielle. Mais là, il y a beaucoup d'affirmations et de constatations qui ne font que corroborer ce que j'ai pu moi-même parfois constater, même s'il part souvent vers l'outrance, et que des fois, t'as vraiment envie de lui filer du bromure ou du temesta pour qu'il nous foute un peu la paix.
Quelque chose de malheureusement vrai qui rend profondément triste.
(Et je ne parle pas de toute la partie scientifique, le développement inquiètant de la biologie et de la manipulation du vivant, qui paraît aussi sinistrement réaliste)
Je crois que je vais me remettre à lire Colette et ses fleurs, pour me "re-pôler" dans l'autre direction, c'est trop con, parce que ça ne change rien. Nous sommes tragi-comiques, et on n'en sortira pas.
J'ai appris hier, ce qu'étaient des "ancolies", Akelei en allemand, par Marie Hélène. Il y en a dans mon jardin, arrivées mystérieusement par la voie des airs. J'avais fait un poème autrefois avec le mot "ancolie", surtout, bien sûr à cause de la rime avec mélancolie et aussi avec folie.
C'est une fleur magnifique, compliquée, avec plein de petits morceaux séparés, de fausses entrées de fausses sorties, les insectes doivent bien se marrer Il y en a des blanches légèrement lilas, des mauves et des violet foncé. Toutes belles.
Je crois que je vais faire comme Colette, m'occuper de fleurs, d'oiseaux, de ce qui se passe devant ma fenêtre et mon balcon.
Quand je suis triste, je fais des rêves tristes. Mais peut-être que la mélancolie est un autre moyen d'apprécier le fait de vivre dans ce drôle de monde?
Demain, départ pour Monmaquis ! Je voudrais bien profiter de ces quelques jours, car après, mes vacances d'été sont très, très loin début août. Dormir, bronzer, nager, lire, faire du vélo et des confitures, car les cerises devraient être à point, et m'arrêter de penser tout le temps. Un bon programme! La semaine prochaine, c'est les rencontres de l'APA que je raterai malheureusement encore une fois, mais la Pentecôte, c'est sacré. Dommage, j'aimerais vraiment bien participer...
Je n'ai aucune idée si j'ai encore des lecteurs. Si : récemment quelqu'un a réagi à propos des Invasions Barbares, quelqu'un que je ne connais pas. C'est toujours un peu bizarre d'écrire dans le vide, à mi-chemin entre le secret et le pas secret. Ça crée une autre sorte d'écriture. Ça m'amuse? Oui, ça m'amuse. Même si des fois, j'aimerais bien une voix qui réponde...
Interruption momentanée de nos programmes: retour vers le 12 juin, merci chers auditeurs, de votre fidélité(????)

Posté par catherineb à 16:28 - Journal - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

18 mai 2006

La corne du taureau

La semaine dernière, par la poste, celle qui n'apporte plus très souvent de bonnes nouvelles, m'est arrivé du Québec un exemplaire des Mémoires de Philippe Aubert de Gaspé, envoyé par J. et J.L, président de la corporation Philippe Aubert de Gaspé, en remerciement de l'article que j'avais écrit pour la Faute A Rousseau sur les lieux de mémoire au Québec et dont ils m'ont demandé la permission de reproduction pour le bulletin local afin de montrer à la population l'importance des lieux de mémoires...
Ça m'a fait tellement plaisir de le recevoir ! surtout qu'il s'agit d'un exemplaire ancien, la même édition, la même couverture que celui que j'avais eu tant de mal à dénicher à la bibliothèque de Saint Jean Port Joli. Aussitôt une bouffée de nostalgie m'a sauté à la fugure, j'ai été transportée là-bas. Je me suis revue durant ces matinées tranquilles dans le Loft, quand J. était déjà parti au Centre. Je ne sortais du lit que pour me précipiter vers la fenêtre et voir où la mer en était de ses va-et-vient incessants. Scruter a couleur du ciel, jamais pareille. Regarder si un vol d'oie passait à l'horizon. Un des rares lieux (avec Meyrannes) où "me lever" ne me pesait guère, parce que je savais que ce serait un bon jour fructueux, quoi qu'il arrive. Après, avec mes deux tartines et mon grand pot de thé, m'installer, calée confortablement de coussins sur le lit-sofa qui grinçait si horriblement et lire les mémoires du Sieur de Gaspé qui avait habité la porte à côté, vu les mêmes paysages et qui reposait à présent dans la belle église au toit si rouge de Saint Jean Port Joli.
Relire les premières pages m'a de nouveau enchantée et je me suis souvenue immédiatement pourquoi il m'avait tellement plu. La légèreté, le ton doucement ironique de celui qui ne se prend jamais trop au sérieux, la gaminerie éclatante d'un vieil homme enfant de 76 ans alliés cependant à des réflexions profondes parfois sur la vie.
Je suis vraiment contente de l'avoir de nouveau près de moi. C'est comme les CD de Richard Desjardins, quand je ne les ai pas à portée de main, il me semble qu'il me manque quelque chose. Richesses qui restent de ce séjour pourtant bientôt vieux d'une année à présent..
Le samedi 9, nous sommes allés à la foire du livre de Saint Louis. Je voulais rencontrer une dame à qui j'avais envoyé des poèmes et qui les a transmis á la maison d'édition qui s'en occupe. Elle tenait un stand là-bas avec son mari qui écrit lui aussi de la poésie. Elle fait plutôt des illustrations, mais écrit aussi à l'occasion.
La foire de Saint Louis m'a plu parce qu'elle a des dimensions humaines. Celle de Colmar m'avait épouvantée à cause du vacarme qui y régnait, on aurait dit plutôt une halle de vente aux enchères du poisson. Saint Louis est petit, modeste, charmant.François Weyergans était son président cette année, celui dont nous avons discuté durant nos dernières rencontres du club "Franco-français". Son livre avait eu quelques défenseurs, mais beaucoup de critiques acerbes (ça parle de rien). Moi j'avais aimé "Franz et François" dans lequel j'avais senti une certaine sincérité, mais j'ai été étonnée qu'on attribue un prix à un tel fatras de pas grand chose. Mais les prix Goncourt ne me font plus rêver depuis belle lurette. Même le Prix du Livre Inter m'énerve un peu quand il se présente de cette façon: Oui certes, il y a le nom de mon père et c'est quelqque chose qui s'est passé réellement, d'ailleurs ma mère ne me parle plus depuis qu'elle l'a lu, mais vous savez, je MENS vraiment, j'ai même inventé des trucs,c'est pas du tout un récit, c'est surtout pas autobiographique, c'est absolument irréfutablement UN ROMAN (un ro-mens?). Comme si le fait d'y coller l'étiquette ROMAN l'absolvait de toutes les prétendues taches qui pourraient le salir si jamais il osait dire :oui, ça m'est arrivé ou c'est arrivé à ma famille, j'ai osé livré de moi cette chose qui me rend vulnérable, j'ai osé transformer une partie de ma vie en texte.
Couard!
Et la corne du taureau?
Et moi, est-ce que je l'affronte, la corne du taureau?
C'est compliqué, il faudrait que j'en reparle une autre fois.
Vendredi dans une semaine, de nouveau, départ pour "monmaquis". Tant mieux. Je suis fatiguée, un peu déprimée, un peu malade. En général, revoir du soleil me remet un peu d'aplomb.
A bientôt!

Posté par catherineb à 16:54 - Journal - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

04 mai 2006

Comment peut-on être Français?

Le consulat français de Stuttgart ferme le premier juillet. Après, il faudra aller voter à Munich. On fait vraiment tout pour nous simplifier la vie!
Vendredi, une dame d'Aix en Provence, formatrice en français langue étrangère est venue nous donner des tuyaux sur la manière d'expliquer la France à nos élèves par ces temps brouillés, bvrumeux. Titre: "Comment peut-on être Français?" On a bien quelques idées déjà, mais elle nous rappelle un certain nombre de données sur la société française actuelle.
Quelques notes, en vrac:- La sinistrose - Pour vivre heureux, vivons "cachets" - Trouver du travail - Jeter les salariés comme des mouchoirs en papier - "Le problème, ce n'est pas ce qu'on me propose, c'est ce qu'on ne me proposera pas."
Elle nous demande de citer les clichés qui circulent ici à propos des Français. Réponses variées qui fusent de nous toutes (Françaises) : râleur, arrogant, charmant, en retard, indiscipliné, centralisé, chauvin, individualiste, léger, logique, cartésien, laic, bordélique, coupe la parole, n'écoute pas, content de lui mais souffrant de sinistrose, fierté culturellle, technologique, méconnaissant de ce qui se passe à l'étranger.
Contradictions:
Vive Zidane, mais pas d'immigration
Individualiste, maisaimant les associations
Chacun pour soi, mais invente la fête de la musique, les fêtes de quartier, la fête des voisins.
Attaché á sa langue, mais ne fait rien pour la protéger à l'extérieur (on en sait quelque chose!)
94% se déclarent heureux mais on vend chaque jour en France 410 959 boites de tranquillisants.

Moi, en ce moment, ce qui m'écoeure le plus, c'est la classe politique française et son cirque médiatico-méchant. Enervés comme des chiens à la curée qui sentent déjà le sang de l'animal mourant, 12 mois avant une élection qui devra déterminer qui sera calife à la place du calife. Tout ne tourne qu'autour d'un désir effréné de pouvoir, ça me donne des hauts le coeur
En ce moment je me pose des questions sur mon appartenance. J'aimerais tellement être Européenne, mais malheureusement c'est une entité un nom propre qui ne recouvre pas encore une réalité bien définie.
Je les regarde de l'extérieur depuis longtemps, les Français, je dois répondre à tellement de questions sur leur compte que des fois, je ne sais plus très bien où je me situe moi-même. Je ne suis certes pas devenue Allemande, mais je ne me sens plus tout à fait Française non plus. Alors je suis quoi?
Finalement, je n'aime pas les généralisations. Les Français de tous les jours, ceux que je rencontre, auxquels je parle, que j'aime bien, ils sont comme ils ont toujours été, au fond. Il y a partout, dans chaque pays à peu près la même proportion de gens gentils et de méchants, d'intelligents et d'idiots. A chaque fois qu'on dit la France est comme ci ou comme ça, on trouve toujours dix exemples pour contredire cet énoncé
Alors, je crois que je préfère ne pas leur en parler du Français moyen, à mes étudiantes!
Avez-vous vu le nombre étonnant de cédilles que je produis à présent?
Dimanche, on a bien dansé. C'est une coutume en Allemagne, "Tanz in den Mai", de danser dans le mois de moi, c'est à dire dans la nuit du trente avril au premier mai. Il me semble que c'est aussi la nuit des sorcières, le Walpurgisnacht, où elles sautent toutes sur leur balai pour aller au Blocksberg ou au Brocken? (orthographe douteuse) pour aller danser avec le diable.
On n'a pas vu le diable...
Deux hommes nous accompagnaient, J. et P.On a bien dansé, mais je dois dire que je ne résiste qunad même pas très longtemps, le bruit et la fureur, ça me déchire les oreilles, on ne peut pas échanger deux mots et à partir de minuit on peut à peine bouger sur la piste.
Alors, Cendrillon la trop vieille sorcière est rentrée chez elle sur son balai à pédales.
Ciao!

Posté par catherineb à 17:22 - Journal - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

29 avril 2006

Un nuage passe

Un dernier petit message pour le mois d'avril...
Le 26, c'était l'anniversaire lugubre des 20 ans de Tchernobyl. Il y a vingt ans, S. avait deux ans, et le 26, on ne savait pas encore ce qui s'était passé. On ne l'a su que quelques jours plus tard. Le premier mai, il faisait un temps magnifique, on était au zoo de Bâle et on s'est roulés dans l'herbe verte. Quelques jours plus tard, J. avait le vernissage de son exposition, "Sentier de la Brague". Là, des écolos allemands nous ont avertis qu'il ne fallait plus donner de lait frais à S. On a acheté plein de lait en poudre. On n'a plus mangé de salades ni de légumes frais. On n'a plus laissé S. jouer dehors. On retirait nos chaussures avant de rentrer dans l'appartement. On a mangé beaucoup de conserves. C'est le seul moment où j'ai regretté d'avoir fait naître un enfant dans ce monde-là. Il n'y a pas très longtemps, j'avais une petite élève en français, juive ukrainienne d'origine, née en 1986 à Kiew et émigrée vers l'Allemagne assez peu de temps après. Je me suis toujours demandé si elle portait des séquelles de son court séjour au moment le plus inopportun en Ukraine. Mais elle paraîssait être en bonne santé..
Nous, nous étions du côté du Rhin où le nuage était officiellement passé. De l'autre côté, on se foutait gentiment de notre tête et de nos prises de précautions exagérées. Aujourd'hui en France, tout le monde a l'air d'être d'accord pour parler de "la plus grande catastrophe nucléaire de tous les temps", "500 fois la puissance d'Hiroshima", mais à l'époque, tout le monde politique, économique et journalistique faisait tout son possible pour ignorer ce qui s'était passé. D'ailleurs même aujourd'hui tout cela ne remet guère en cause tous les guillerets projets d'extension du nucléaire pour faire face à l'inexorable raréfaction du pétrole.
Je me rappelle une expo á la fondation Cartier, il y a quelques années :"ce qui arrive", conçue par Paul Virilio je crois, à propos des accidents et catastzrophes qui prennent de l'ampleur à mesure que notre savoir-faire technique grandit.C'était assez bouleversant. 11 septembre 2001, 26 avril 1986, entre autres...des dates qui restent sinistrement dans la mémoire. des dates de catastrophes rendues possibles par la technique.(Mais il y a eu aussi le Tsunami et ça, c'était pas technique.)
A part ça:
Grâce á mon Contrat Précarité Eternelle, j'ai appris lundi en allant à la fac qu'un de mes cours était annulé, faute d'inscriptions suffisantes d'étudiants en français. Un cours en moins sur trois, ça fait beaucoup. Mais la flexibilité, ça fait trente ans que je la pratique, donc, je ne vais pas me laisser démonter pour si peu, n'est-ce pas?
Heureusement, j'ai passé avant 15 jours dans mon maquis cévenol, à regarder arriver le printemps à pas de géant. Les fleurs blanches du cerisier, celles pinky-flashy de l'arbre de Judée qui illuminent la fenêtre de la cuisine, les délicats pétales blanc-rose pâle comme des joues de jeunes filles rougissantes des pommiers, (la floraison des pommiers, c'est plus beau que celle des cerisiers, n'en déplaise aux Japonais!), l'épanouissement soudain du lilas qui sent le bonbon poisseux sucré, tous visités par toutes sortes de papilons et par d'énormes frelons noirs qui empoignent les fleurs à pleines pattes pour se fourrer le nez dans le nectar et boire jusqu'à l'ivresse totale, si bien qu'ils titubent et n'y voient plus grand chose quand ils redémarrent de là, comme de gros hélocoptères incertains de leur trajectoire. Le piaillement des petits zoziaux bien avant que le jour naisse, tout égrillards, tout énervés. Le lézard rencontré la nuit sur le rebord de la fenêtre de la salle de bains. La possibilité -enfin- de se faire cuire au soleil sur les pierres chaudes des bords de rivières, de retrousser son pantalon et de retirer ses chaussures. Tout ce que l'on a oublié depuis silongtemps et qui revient fidèlelent.
Je comprends que les Troubadours aient toujours eu envie de commenccer leurs poèmes par une strophe printanière. Là-bas, dans le Languedoc, ce sont de vrais printemps pleins de sensualité, pas ces machins pisseux et toujours trop froids qu'on subit ici! Car je crève toujours de froid et ma sinusite reprend de plus belle.... Mais dimanche soir, veille du premier mai, on va danser, nous le groupe des femmes franco-françaises (et les hommes qui le veulent), dans la disco de S. pour fêter quand même l'arriver du printemps, même s'il n'est pas vraiment là.
Et vous savez quoi? J'ai appris où sont les cédilles! Pourquoi? Parce que je fais (avec quatre autres copines) un cours de Word à l'université populaire: "les trucs pour vous simplifier le quotidien au bureau." Ouais!!! Qu'est-ce que je suis fière!

Posté par catherineb à 20:19 - Journal - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

06 avril 2006

Les invasions barbares

Le Blog se met en vacances! nous allons voir si le printemps est là dans mon maquis. Retour après les vacances de Paques.
Les invasions barbares, donc:
Sans raconter le film en détail je voulais noter quelques réflexions qu'il a provoquées en moi. Je l'ai revu cette semaine au Ciné-Club, le présentateur L.G. nous avait prévenus "préparez vos mouchoirs!", et pas mal dans la salle y sont allés de leur petite larme, mais en fait ce n'est pas fondamentalement un film triste, on y rit aussi énormément.
- Sébastien, le fils, prince des Barbares". Les invasions, moyen-Age. Brûler les bibliothèques? Le fils ne lit pas, dit le père, pas un seul livre. Mais il commande le monde entier, il peut faire ce qu'il veut, parce qu'il a l'argent et le pouvoir. Il est cependant présenté comme très humain. Denis Arcand dans l'interview dit qu'il veut laisser la fin ouverte. Retournera-t-il vers la petite junkie? Sera-t-il fidèle á la belle fiancée qui s'est juré que ses enfants ne connaîtraient pas les affres du divorce parental? Comment savoir? Quand on est jeune, on ne sait pas ce qui vous attend. Même avec tout son argent, il ne maîtrise pas la vie en entier. La génération jeune est plutôt positive, même si condamnée par Rémy, le père. La Junkie va-t-elle s'en sortir? On le lui souhaite, elle est attachante.
Les dialogues les plus forts pour moi sont ceux entre elle, la Junkie, et Rémy, celui qui va mourir.
-Tu n'as pas beaucoup envie de vivre, toi?- non- Moi non plus, à ton âge ca m'était absolument égal de mourir. Bêtement, c'est à mesure qu'on se rapproche de la fin qu'on commence à tenir à la vie. Quand on se dit, il me reste 20 ans, 10 ans, 6 mois. C'est la dernière fois que je verrai Milan, Genève- vous, qu'est-ce que vous avez aimé dans la vie?- la nourriture, le vin, les livres, les femmes, surtout les femmes, leur peau, leur bouche- A la fin, elles doivent se ressembler toutes non?- un peu, oui, mais je ne m'en suis jamais lassé- ce n'est pas votre vie de maintenant que vous regrettez, c'est votre vie d'autrefois, et ca, c'est DÈJA MORT.
Dans l'ambulance pour aller dans la maison de son ami au bord du lac, encore elle et lui: -J'ai peur, je ne suis pas prêt- on n'est jamais prêt, mais il faut vous y faire, vous résigner, au même moment, il y aura des millions d'autres gens qui mourront- Oui, mais moi JE NE SERAI PLUS LÀ. JE N'EXISTERAI PLUS. C'est insupportable!-
Rémy est désolé aussi de constater le manque de sens de sa vie. (Il y a aussi toute une confrontation au religieux ou à l'absence de religieux). Il dit, toujours á la Junkie :- je me sens aussi démuni qu'au jour de ma naissance.- Je peux très bien m'imaginer l'impression d'avoir fait un tour complet, de revenir au point de départ. Et puis quoi? de nouveau, rien. - "Il faudrait qu'il y ait un sens, si seulement ca avait un sens!" dit-il - Mais Rémy est rigoureusement anti-religieux et il a l'impression d'avoir perdu sa vie, écrit des articles sans importance, enseigné á des étudiants complètement apathiques, couru le guilledou "dans des appartements mal chauffés du Plateau de Montréal".
Vers la fin, Sébastien, le fils, le prend dans ses bras, lui dit c'est toi qui décide, ce sera quand tu veux. Rémy fait juste un signe de la tête. Il accepte. Il serre son fils dans ses bras et dit - je te souhaite d'avoir un fils aussi bien que toi.-
Pourtant au début, la rencontre père fils fait des étincelles. Sébastien: - tu ne t'es jamais occupé de moi, je ne suis revenu que pour ma mère. Tu ne sais pas ce que je fais et tu t'en fous - La mère, plus tard, à Sebastien: - On ne comprend jamais ce qu'ont fait les parents pur nous jusqu'à ce qu'on ait soi-même des enfants. Ton père a changé tes couches aussi souvent que moi. Il est allé voir tesa profs tous les mois, jusqu'au bac. Il voulait tellement que tu réussisses. Quand tu as eu ta méningite à trois ans, il t'a tenu 48 heures dans ses bras sans dormir, parce qu'il ne voulait pas que la mort t'emporte pendant son sommeil.- Alors le fils reste, pour aider son père
J'ai repensé à M., à l'une de nos premières soirées chez N., à Saint Jean Port Joli. M. qui disait ne pas tenir spécialement à la vie, vouloir l'offrir pour prolonger celle de son grand-père. Et moi qui tentais maladroitement de lui faire comprendre ce que dit aussi Rémy : Plus on avance en âge et paradoxalement, plus on tient à la vie.
En rentrant, et longtemps encore après le film, je me surprends à adorer le bruit de ma respiration, la tache de couleur gaie sur le tapis de la salle de bains, le gloussement idiot de la merlette sur le balcon, le goût du tiramisu sur ma langue, tout, tout, tout ce qui prouve que JE SUIS LÀ et c'est un miracle; la plupart du temps, JE NE SERAI PAS LÀ. J'ai été absente déjà une éternité et je vais y retourner. Pauvres petits humains. J. hier citait Shakespeare á ce propos : "Life is a tale told by an idiot full of sound and fury, signifying nothing".. Oui, c'est cela notre condition, mais comme Rémy on peut aimer les femmes (les hommes!), le vin, les livres pour vivre á travers eux un peu du passé qu'on n'a pas connu. Aimer la vie, aimer le monde, une chance inouie d'être là et de voir et sentir même si c'est si souvent juste "full of sound and fury".
Analyse acerbe des mouvements politiques, idéologiques, philosophiques traversés. Marxisme, léninisme, existentialisme, féminisme maoisme , structuralisme, déconstructionisme. Y a-t-il un "isme" que nous n'ayons pas testé? Même le crétinisme qu'il symbolise si bien avec sa rencontre d'une étudiante chinoise, père assassiné, mère suicidée, deux ans de rééducation "les pieds dans le purin" à laquelle il dit : - la révolution culturelle,c'est bien, c'est sensationnel ce qui se passe dans votre pays." Parce que Sollers et XXX avaient dit que la révolution culturelle, c'était génial.
Là aussi, je revois ma vie, tous les courants politiques qui agitaient la fac, mais moi je n'ai jamais donné dans le politique, j'étais à la recherche du "sens" dans le mystique avec R.. Théorie des amis selon laquelle la connerie fait partie intégrante de l'époque, on y échappe difficilement et maintenant "l'intelligence s'est retirée" et on ne sait pas pour combien de temps, une fois ca a durée 11 siècles...les Barbares, encore une fois, et leurs invasions. Par exemple, ceux qui apportent la came au coeur des pays industrialisés, ou bien ceux qui ont réussi à pénétrer au coeur de l'empire, pour bombarder les tours le 11 septembtre 2001. Rémy dit aussi que la conquête de l'Amérique sud et nord a fait nettement plus de victimes que nos guerres et holocaustes du 20ème siècle, 150 millions d'indiens achevés á la hache sous la houlette de nos prêtres catholiques, ca c'est du travail! dit-il. Et pas le moindre petit monument en souvenir de cet holocauste-là. (En visitant un national park aux E.U. où l'on évoque ces riantes vallées d'où furent expulsés les Indiens parce que c'était trop beau pour eux, je me souviens d'avoir écrit fdans mon journal : Pas même une petite plaque pour demander "pardon" ou "excusez-nous"?
Le fils, Sébastien, est un "capitaliste décadent" dit Rémy et lui-même est un "socialiste sensuel", ou quelque chose d'approchant, mais personne n'a raison ni tort à 100 pour 100.
Ce qui reste, c'est l'amour, la mort, l'amitié que chante Francoise Hardy, la tendresse entre les humains, la beauté du coucher de soleil sur le lac.
Et puis, plus rien.
L'éternité.

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29 mars 2006

La semaine culturelle!

La semaine dernière était une semaine très sortie et cinéma, si bien que je n'ai pas eu le temps d'écrire.
De battre mon coeur s'est arrêté: Romain Duris de l'auberge espagnole en petit voyou au grand coeur qui redécouvre les bienfaits de la musique. Toutes ses émotions se lisent sur son visage.
Pendant que je regardais Romain Duris au Ciné-club, M. et C. écoutaient dans la salle d'à côté une conférence sur l'
esthétique, les goûts, les couleurs et qu'est-ce qu'on peut définir comme beau. On s'est retrouvées dans le bar entre les deux salles pour boire un verre et c'est comme ca que j'ai pu profiter un peu de ce qu'elles avaient entendu. J. était pendant ce temps à son premier cours de francais avec M.H. .Il est venu nous rejoindre et nous a donné son avis sur "comment se mettre d'accord sur le beau". La question des Profs qui faisaient la conférence était, en résumé : y a-t-il des critères, faut-il être éduqué, cultivé pour comprendre les oeuvres d'art ou simplement pour les trouver belles? Pour eux évidemment la réponse est oui. Pourtant, parfois ca peut venir du coeur, de l'intuition subite; ce truc je l'adore même si je ne sais pas expliquer pourquoi. Mais il est sûr qu'au fil du temps, on acquiert de plus en plus de références culturelles. Mon accès à la littérature est souvent intuitif, mais pour les Beaux Arts ou la musique, j'ai dû apprendre à voir ou à écouter avant d'apprécier, et même maintenant ca ne va pas toujours de soi.
Brokeback Mountain. Histoire de cow-boys homosexuels amoureux Belle histoire d'amour s'étendant sur presque vingt ans. Paysages magnifiques. S. qui m'a accompagnée, me dit qu'au Texas, le film a été interdit, parce que des cow-boys homosexuels, ca n'existe pas! Nous, on a bien aimé.
J'ai aussi assisté à mon premier cours de "Words" que j'utilise depuis longtemps mais qui m'emmerde toujours. Nous y sommes à cinq Francaises sur dix participantes... Ca s'appelle "conseils pour le quotidien au bureau". Et je sais enfin comment on met la cédille sur Words! (mais pas sur Blog!)
Vendredi, on avait rendez-vous avec Karin G. à Barr, près de Strasbourg où J. va participer à une expo en plein air avec d'autres artistes au moisde juin. Il fallait choisir un village, avec un espace vert, de l'herbe pour pour poser la sculpture. Les villages sont magnifiques. Pas trop carton pâte ou décor Hollywood comme Ricquewihr ou Eguisheim. Assez réels. Villages viticoles presque exclusivement, belles couleurs, grandes cours intérieures.K. pense que c'est plus joli avant l'invasion des géraniums qui envahissent tout!
Mais qui boit tout ce vin?
A Barr, il y a aussi de jolies pâtisseries. L'une d'elles se dénomme "la cerise sur le gâteau". Notre rêve : faire un guide des meilleures pâtisseries de France. Mais à vélo, pour ne pas devenir obèses!
Enfin, samedi on a regardé "Canelle et Coriandre". Histoire d'une famille grecque expulsée de Constantinople (Istanboul) au moment des problèmes avec Chypre. Souvenirs d'un astronome (George Corraface, très beau!) à propos de son grand-père resté en Turquie et de sa manière de lui expliquer la vie à partir de détails très concrets, tels les épices : le poivre, c'est le soleil, le sel, c'est la terre, etc... Rôle très important, très sensuel de la nourriture et des épices dans la vie sociale de tous ces gens. Le réalisateur avoue des intentions autobiographiques. Ses parents ont été expulsés de Turquie à l'époque des problèmes chypriotes, au temps où il était lui-même un enfant.
Et puis j'ai vu "les invasions barbares", ce qui m'a ramenée à mon cher Québec, mais j'en parlerai une autre fois, d'abord parce qu'il faut que j'aille bosser maintenant, et parce que ca m'a touchée à un niveau très très profond et qure j'ai besoin de temps pour y repenser encore...
A plus!

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16 mars 2006

Erreur de la cigogne

Thème d'actualité, tandis qu'on n'en peut plus d'avoir froid depuis quatre mois et d'attendre un printemps qui ne vient pas (moins six degrés encore la nuit dernière) :
J'ai relu dans Bourdieu une analyse critique du discours philosophique de Montesquieu sur la théorie des climats (que je n'ai jamais lu, mais que je pensais vaguement connaître). Comment est-il possible qu'un tel tissu d'âneries et de préjugés ait pu passer pour scientifique et objectif? Parce qu'il se cache derrière des thèses pseudo-scientifiques : "L'air froid resserre les extrémités des fibres extérieures du corps. Cela augmente leur ressort... leur force. L'air chaud... relache les extrémités des fibres et les allonge, il diminue encore leur force et leur ressort." D'où il en découle que: froid égale force, vigueur, courage, virilité etc., et chaud égale relaché, égale lâche, faible, lâcheté, passivité, paresse, féminité (évidemment!) etc...
On croit rêver!
Et ce genre de préjugés tourne dans toutes les têtes, plus ou moins cachés, plus ou moins assumés, déguisés, avoués...
C'est un sujet qui revient souvent parce que la question de base : est-ce que le climat a oui ou non une influence sur l'homme? on la ressent dans sa propre peau quand on voyage, quand le temps change (ou ne change pas). Oui, le soleil me fait sourire plus facilement, oui la chaleur est plus sensuelle que la froidure; à choisir entre faire l'amour sous un palmier ou dans un igloo, je choisis sans hésiter le palmier!
Mais aussi: je travaille mieux, plus concentrée dans le chaud que dans le froid. (Je parle de chaud et de froid raisonnables, il y a dans les deux sens des températures qui ne sont plus vivables pour nous les humains) Je me sens plus de "ressort", de "force", d' "énergie" dans le chaud, et plus de "faiblesse" (mais pas de lâcheté!, ca, c'est inoui de passer de relaché à lâcheté juste parce que les mots se ressemblent!) de "passivité" dans le froid. De plus, il ne semble pas penser un seul instant que les humains sont adaptés au climat dans lequel ils naissent, que leur organisme ait l'habitude du très chaud dans le désert ou du très froid chez les Inuits, et qu'ils peuvent donc agir "normalement" en fonction de ce que l'on attend d'eux dans leur société. Il y a un espèce de racisme sous-jacent dans toutes ces idées qui me hérisse le poil.
Quant à moi, cependant, j'ai toujours été persuadée que ma cigogne-livreuse avait mal lu son livre de géographie et s'était lourdement gourrée d'endroit de livraison à ma naissance!
A part ca, mon actualité quotidienne se réduit à si peu de choses, comme se faire torturer les gencives chez le dentiste et avoir mal toute la journée, avoir froid, avoir sommeil, ranger des papiers dans mon bureau... et papoter trois heures avec M. à propos de la vie, la mort, la vieillesse et du temps qui passe... and all that sort of things.
Mais hier, j'ai rencontré devant la photocopieuse une Québécoise qui vient de l'Abitibi et qui connaît Richard Desjardins! Ca fait tellement plaisir de se rappeler soudain le Québec...
A la prochaine....

Posté par catherineb à 21:58 - Journal - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

09 mars 2006

Viva le femine, viva il buon vino!

Le six mars 2006, dans un petit carnet :
Dans un train attendant le signal du départ, ayant déjà une demi-heure de retard pour grimper vers la Forêt-Noire saturée de neige. Tout le samedi et une grande partie de la nuit du dimanche, il a neigé, au moins pendant 24 heures, sans arrêt. Alors qu'en grelottant, on rêve de printemps, il paraît qu'au Groenland, il fait 14 degrés. On a beau se dire il faut rester raisonnable, on doit finir par admettre que la météo est complètement déboussolée et que le temps fait ce qu'il veut (ce qu'il peut?)
J. n'arrêtait pas de déblayer la neige ce week-end, jusqu'à une heure du matin. En Allemagne, si on ne déblaie pas les trottoirs on est responsable si quelqu'un se casse la figure devant votre porte. La nuit luisait orange sur le blanc, nuit presque totalement silencieuse, sauf à un moment une tronconneuse coupant un arbre abattu par le poids de la neige. Eclairs bleus des flashs des gens photographiant la neige qui n'en finit plus de s'amonceler. A sept heures du mat, J. déblaie encore une fois, puis à dix heures, soleil radieux. S. voulait prendre la voiture pour aller en Forêt-Noire, mais celle-ci avait littéralement disparu, impossible de la dégager ni de la faire bouger d'un centimètre. Alors on a pris un bus jusqu'à Merzhausen et on s'est baladé sur le Schönberg. Plein de gens sur les chemins qui rigolent, s'étonnent, se parlent, se sourient. Ca sert au moins à ca, ces caprices du temps: faire sortir tout le monde de sa réserve habituelle. Le soleil de mars est déjà fort et on entend l'eau glouglouter sous la neige, dans les bas-côtés de chemins qu'on peine à reconnaître encore comme chemins.
Le neuf mars
Hier, journée des femmes. Première heure d'un cours de formation pour 17 institutrices venues de divers villages de Forêt-Noire pour renforcer le francais vacillant qu'elles sont censées enseigner à leurs petits élèves de primaire. La tâche est immense. Beaucoup de bonne volonté. Mais ce n'est pas en douze séances que je pourrai leur donner les outils, les connaissances et l'assurance qui leur manque.
Et le soir, ca tombait comme ca, rencontre mensuelle des femmes de notre "club franco-francais", comme on l'appelle, pas par franchouillardise, mais parce que ca nous fait du bien de nous retrouver entre nous et de bavarder à propos de toutes ces choses qui nous sont communes, qui nous relient et qui nous mettent ici un peu à part.Rencontre chez le Grec, agrémentée de tzaziki, de Retsina, d'aubergines frites... D'habitude on a une "lecture" à faire pendant le mois et on en discute, mais l'hiver nous a un peu désorganisées et on ne savait plus très bien ce qu'on devait lire..
Par contre, C., comme elle le fait souvent, nous a posé une question intéressante : "Que pensez-vous, mesdames, de cette phrase : L'homme ne change pas, il s'adapte."?
On a discuté longuement des différences qu'il peut y avoir entre changement, évolution, adaptation. Peut-on changer ce qu'on est ou reste-t-on toute sa vie ce qu'on est au départ? La part de l'inné et de l'acquis? En fait des questions insolubles, mais qui peuvent nous emmener très loin. Est-ce que j'ai changé depuis ma naissance? Evidemment. Suis-je la même cependant? Evidemment Mais qui suis-je? Suis-je moi? Suis-je le même moi qu'il y a dix ans, vingt ans, trente ans? On n'arrête pas de changer ou bien s'adapte-t-on seulement aux circonstances? Ou bien évolue-t-on au fur et à mesure qu'on vieillit? Et si on change tout le temps, pourquoi se reconnaît-on malgré tout comme personne, comme identité qu'on ne peut confondre avec personne d'autre? Réagit-on seulement aux circonstances, aux événements qui jalonnent notre vie? Peut-on décider volontairement : à partir de demain, je vais changer, je ne serai plus la même, je vais cesser de produire tel et tel comportement, de penser de telle ou telle manière? Les coupures sont-elles radicales ou progressives? ET: Est-ce que l'on peut "changer" autrui?
Mais on parle aussi de nos enfants (la plupart adultes maintenant, mais pas tous), des difficultés qu'ils peuvent rencontrer dans la vie, solitude affective, manque de soutien, de groupes porteurs, qu'ils peuvent parfois ressentir, compétition accrue et manque de perspectives dans leur vie professionnelle.
On parle des différences de la société telle qu'elle était quand nous avions nous mêmes 20 ans et aujourd'hui. Nos expériences de vie, nos backgrounds sont assez divers et c'est toujours intéressant de les confronter.
On s'échange des bouquins et on parle des actualités francaises ou germaniques, des films, etc..
Mais on peut aussi parler tricot, boulot, recettes de cuisine ou bobos, si on en a envie!
Même après 25 ans d'exil, je trouve ca très important de faire partie d'un tel groupe avec lequel échanger, discuter, rigoler, bref vivre!
Tiggerdan, je suis très contente d'avoir à nouveau tes commentaires, de savoir que "non Jeff, t'es pas tout seul", ca remet du sel dans mon rata quotidien! et je vais très certainement aussi visiter ton blog.
A bientôt!

Posté par catherineb à 16:40 - Journal - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

02 mars 2006

Où est la plume d'oie de Jane Austen?

Bonjour!
Mon Blog n'a plus grand chose à voir avec le Canada, mais je vais quand même continuer sous cette appellation par flemme de tout changer (et par manque de savoir-faire!). Il est clair que ma vitesse de croisière est différente ici et là-bas, d'une part à cause du manque de temps, et d'autre part à cause de la situation différente. Relater des voyages, des étonnements, des nouveautés, des péripéties, s'étendre longuement sur des couchers de soleil, sur mes rencontres avec les oies, sur les métamorphoses du Fleuve ou sur le travail des artistes, tout cela me donnait amplement matière à écrire tous les deux ou trois jours. Mais ici, je baigne dans mon quotidien que je connais tellement par coeur qu'il est difficile de faire semblant de le voir avec des yeux neufs. C'est autre chose qu'il faudrait faire à présent, mais je ne sais pas encore quel visage cela aura. J'ai assez peu envie d'écrire sur l'Allemagne, ca me semble tellement éculé.
Disons que pour le moment, ce serait une transition, quelques nouvelles du front, journal et Blog continuent d'ailleurs à ne pas se superposer, à ne pas se ressembler tout à fait. Plus de "secret" dans le journal, mais plus de monde extérieur dans le Blog, et de ce fait, je trouve leur raison d'être à tous les deux parfaitement légitime. Et je blogue toujours avec plaisir! Peut-être pour l'illusion que cela procure de ne pas écrire pour personne, ce qui est sans doute toujours un peu le cas dans le journal?
Je me risque aussi à présent à jeter de petits coups d'oeil sur les Blogs avoisinants, au hasard, et ma constatation première, c'est qu'apparemment je dois être la Nanny, la doyenne, la mémé des Blogs!
Ils paraissent si jeunes, les autres, même quand ils ne disent pas leur âge, ils vont au lycée, à la fac.. J'ai l'impression de m'être glissée dans une "party" sans y avoir été invitée et de n'y rencontrer personne de mon âge.
A partir de là, deux autres constatations:
Dans la plupart des cas, mes co-blogueurs n'ont qu'une idée vraiment très vague de l'orthographe. Moi qui me tue à longueur d'année à enseigner à mes pauvres étudiants allemands les arcanes des accords de participes et des verbes exigeant le subjonctif, je commence à me demander si ca en vaut vraiment la peine, puisque la plupart des Francais new generation accordent au p'tit bonheur à la chance, que les subjonctifs ne sont plus ce qu'ils étaient et que les si-j'aurais-su-j'aurais-pas-venu choquent à peine.
Alors, j'enseigne quoi?
La communication?
L'échange?
La "civilisation"?
Deuxième constatation:ils savent par contre tous manier la souris et l'écran bien mieux que moi. Ce qu'ils ont perdu en orthographe, ils l'ont gagné en savoir-faire technique. ils changent la couleur de fond de leur Blog, ils décorent de petites fleurs, de petits oiseaux, ils savent insérer des photos, des liens, y'en a même qui mettent de la musique. Et moi je suis déjà bien contente de savoir écrire, cliquer, poster. Pour moi, le Blog, c'est encore principalement le lieu de l'écrit, en fait, mes cahiers sont très peu illustrés, je me fie aux mots. J'ai déjà parlé de mon rapport ambigu aux images. Mais j'admets qu'une petite photo de temps en temps, ce serait quand même joli!
Peut-être, un jour, j'apprendrai.
Mais ce qui me désole: Dès que j'ai appris à faire une chose, c'est déjà dépassé, la technique a changé et ca me fatigue, parce qu'au fond, tout ce que je veux, c'est écrire et pas apprendre des trucs techniques.
Est-ce que Jane Austen s'énervait sur ses plumes d'oie mal taillées, son encre trop claire ou trop foncée, son papier trop buvard ou trop lisse?

Posté par catherineb à 18:24 - Journal - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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